98 Minerva septembre 2006, volume 5, numéro 7 f Minerva Traitement de la dyspepsie H. pylori négative Veldhuyzen van Zanten SJO, Chiba N, Armstrong D et al. A randomized trial comparing omeprazole, ranitidine, cisapride, or placebo in Helicobacter pylori negative, primary care patients with dyspepsia: The CADET-HN Study. Am J Gastroenterol 2005;100:1477-88. Analyse: M.E. Numans, M. van Driel RÉSUMÉ Question clinique Quel est, en pratique de médecine générale, le traitement le plus efficace pour des patients se plaignant de dyspep- sie et présentant un test Helicobacter pylori négatif? Contexte L’étude CADET-HP (Canadian Dyspepsia Empirical Treatment Helicobacter pylori) a montré que chez des patients dyspeptiques présentant un test H. pylori posi- tif, l’éradication de ce germe améliore les symptômes et est coût-efficace 1,2 . Cette étude-ci concerne la prise en charge de patients présentant une dyspepsie sans H. py- lori mais par ailleurs non investiguée (pas de gastroscopie effectuée). Population étudiée Les patients consultant leur médecin de famille pour un nouvel épisode de plaintes stomacales, définies comme une douleur ou une gêne au niveau de l’épigastre accom- pagnée ou non de pyrosis, d’aigreurs, de nausées, de sen- sation de satiété, de troubles digestifs et/ou de ballon- nements, sont susceptibles d’être inclus. Un résultat de test sérologique négatif pour la recherche des anticorps anti H. pylori et un résultat négatif d’un test respiratoire à l’urée sont nécessaires pour une inclusion. Les critè- res d’exclusion sont: symptômes d’alarme, anamnèse de reflux gastro-oesophagien ou de pyrosis isolé et/ou de régurgitation, examen gastroscopique ou gastrographie barytée dans les six mois précédents ou répétés dans les dix années précédentes, plaintes suggestives d’un syn- drome du colon irritable. Les sujets inclus ont un âge moyen de 40 à 43 ans, 40 à 53% sont de sexe masculin, plus de 95% de race blanche et environ un tiers fume. Les plaintes sont présentes en moyenne depuis 8 à 10 ans. Le symptôme principal est l’épigastralgie dans 40% des cas, le pyrosis dans 25% des cas et une sensation de ballonnement dans 13% des cas. Protocole d’étude Les patients ont été recrutés dans 35 centres de pratique de médecine générale au Canada. Ils ont été traités par de l’oméprazole à la dose de 20 mg par jour (n=134), ou de la ranitidine 150 mg deux fois par jour (n=139), ou du cisapride 20 mg deux fois par jour (n=84) ou un pla- cebo (n=111). Une phase de traitement «à la demande» de cinq mois avec le même traitement vient ensuite. Les plaintes sont évaluées après 4, 12 et 24 semaines. Mesure des résultats Le critère de jugement principal est la (quasi) disparition des plaintes dyspeptiques après quatre semaines de trai- tement, évaluation faite grâce au questionnaire Global Overall Symptoms (GOS). Les critères secondaires sont la qualité de vie et les plaintes stomacales par rapport aux coûts (recours à des médicaments, incapacité de travail, etc.). Résultats Après quatre semaines, le traitement se montre efficace chez 51% des patients traités par oméprazole, 36% de ceux ayant reçu la ranitidine, 31% de ceux ayant bénéficié de cisapride et 23% pour les sujets sous placebo. Pour la disparition complète des plaintes, les résultats sont de 4% sous placebo, de 24% sous oméprazole, de 11% sous ranitidine. Pour le groupe de patients ne présentant pas le pyrosis comme symptôme principal (75% de la popu- lation, à considérer comme des patients sans reflux), les différences sont moindres: 43% sous oméprazole pour 37% sous ranitidine soit une valeur p pour la différence à 0,064. Le rapport coût/efficacité des différents traite- ments versus placebo est calculé, pour douze mois, dans la perspective du coût pour la société (y compris absen- téisme au travail et plaisir de vivre) et dans la perspective des coûts pour les soins de santé (facture pour la sécurité sociale). Les coûts pour la société sont les plus bas pour le placebo, d’un niveau identique pour l’oméprazole et le cisapride et intermédiaires pour la ranitidine. Les coûts pour la sécurité sociale sont les plus élevés pour le ci- sapride et semblables pour les trois autres groupes. Les coûts médicamenteux constituent une part importante de la totalité de la facture. L’oméprazole n’est pas, de ma- nière convaincante, d’un meilleur rapport coût/efficacité que la ranitidine. Conclusion des auteurs Les auteurs concluent que chez des patients se plaignant de l’estomac et présentant un test H. pylori négatif, l’oméprazole est le traitement le plus efficace. Financement AstraZeneca, Inc, Canada. Conflits d’intérêt Certains auteurs sont des collaborateurs d’AstraZeneca et de bureaux de consultance pour des recherches com- merciales.