Lingvisticæ Investigationes 29:1 (2006), –24.
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La légèreté en français comme déficience
de mobilité
Anne Abeillé et Danièle Godard
Université Paris 7 et CNRS
Introduction
On connaît le contraste entre les formes fortes et les formes faibles, qui a été
proposé en particulier pour les pronoms, systématisé récemment et étendu à
d’autres catégories par A. Cardinaletti et M. Starke (1999). Au contraire des
formes fortes, les formes faibles ne sont pas mobiles, ne peuvent pas être coor-
données, ni être modifiées. Nous proposons un autre contraste, qui ne se subs-
titue pas au précédent, mais s’y ajoute, entre les formes non légères et les formes
légères, qui peuvent être coordonnées et modifiées, mais ne sont pas mobiles.
Cette dimension a vocation universelle (A. Abeillé et D. Godard 2004a).
Nous l’illustrons ici en restant dans le domaine du syntagme verbal français, où
l’on voit que cette propriété de non mobilité est corrélée à d’autres propriétés
syntaxiques, comme la possibilité ou non de l’extraction et les propriétés de
l’adjonction. Cette dimension syntaxique est pertinente à la fois pour les mots
et pour les syntagmes, et elle est transcatégorielle. Nous proposons ensuite une
formalisation des propriétés exposées dans le cadre de la grammaire syntagma-
tique HPSG (C. Pollard et I. A. Sag 1994, I. A. Sag et al. 2003).
. L’ordre dans le syntagme verbal en français
D’une manière générale, l’ordre des compléments sous-catégorisés par un ver-
be est libre. On le voit en (1), où les deux ordres des compléments SN et SP sont
grammaticaux, et en (2) où les deux ordres entre un SN objet et un attribut de
l’objet sont également grammaticaux ; certes, on peut avoir des préférences,
mais elles mettent en jeu des effets de structure informationnelle et de cohéren-
ce discursive plutôt que des contraintes basées sur des propriétés syntaxiques
(comme la catégorie) :