30 TROPICULTURA, 2004, SPE, 30-36 Résumé Les concepts d’ethnobotanique, ethnozoologie et ethno-écologie sont définis et leur développement res- pectif retracé. Le cadre géographique est ensuite pré- cisé: l’Afrique tropicale. La diversité des produits sau- vages végétaux comestibles est illustrée par quelques exemples: cyanobactéries du Tchad, mycophagie en région zambézienne et ptéridophagie. Les plantes supérieures sont approchées selon six ensembles, à savoir plantes à fruits ou graines amylacés, noix et graines oléagineuses, fruits charnus, organes de réserve, fleurs et légumes-feuilles. Après avoir rap- pelé la diversité de l’entomophagie à l’échelle mon- diale, quatre ordres sont brièvement présentés pour l’Afrique: coléoptères, isoptères ou termite, lépido- ptères (principalement les chenilles ou campéopha- gie) et orthoptères. Enfin l’apport nutritionnel des ali- ments non conventionnels est souligné, tout comme l’urgente nécessité de nouvelles études à leur propos. Summary Unconventional Food Resources Concepts of ethnobotany, ethnozoology and ethno- ecology are defined and their respective development recounted. The geographic frame is afterwards speci- fied: Tropical Africa. Diversity of wild edible vegetable products is illustrated by some examples: cyanobac- teria from Chad, mushroom consumption in the Zambezian region and pteridophagy. Upper plants are approached according to six ensembles, namely starchy fruits and seeds, oilseeds and nuts, fleshy fruits, reserve organs, flowers and vegetable species. After recalling the diversity of insects eating at world scale, four orders are briefly presented: coleoptera, isoptera (termites), lepidoptera (mainly caterpillars or campeophagy) and orthoptera. Finally the nutritional input of unconventional foods is underlined as well as the urgent need of their further studies. Ressources alimentaires non conventionnelles F. Malaisse Keywords: Wild edible plants- Entomophagy- Tropical Africa- Mushrooms- Ferns-Potherbs- Caterpillars- Termitophagy- Campeophagy- Acridophagy Introduction Les relations entre l’Homme et la Nature remontent à l’aube de l’humanité. Progressivement l’homme a appris à reconnaître, puis à dénommer certains ani- maux et certaines plantes. Un bon exemple est fourni par la place des animaux et des plantes dans les divers hiéroglyphes. Ce n’est toutefois que bien plus tard que certains scientifiques ont pris conscience de cette réalité et se penchent sur son contenu. Dans un premier temps, le but essentiel recherché consiste à reconstruire les interactions préhistoriques entre l’homme et les plantes, dans des domaines tels que l’alimentation, la médecine, les textiles. C’est ainsi que le concept de botanique aborigène est proposé en 1873, puis, pour la première fois en 1895, celui d’ethnobotanique. La définition du terme a posé problème et son contenu a progressivement évolué. L’ethnobotanique a, en pre- mier lieu, été comprise comme la science des rap- ports réciproques de l’homme et du monde végétal. Les préoccupations qu’elle exprime ne remontent- elles pas, en effet, aux premiers temps de l’existence de notre espèce ? N’est-elle pas à l’origine de l’agri- culture et de la médecine ? Il est ensuite rapidement apparu, puis devenu évident, que les plantes jouaient et continuent à jouer un rôle prépondérant pour la prospérité de nombreuses populations. Il faudra pour- tant attendre 1930, pour qu’un laboratoire d’ethnobo- tanique soit fondé à l’Université de Michigan par le Professeur Gilmore. Progressivement le champ cou- vert par l’ethnobotanique va s’élargir. Au-delà de l’étude des végétaux consommés par une population déterminée, les instruments et les méthodes de cul- ture en usage dans tel ou tel territoire seront décrits; les rites liés aux récoltes, par exemple à celle du riz dans l’Extrême Orient et en Afrique occidentale seront comparés. Mieux, la place et la philosophie de l’arbre dans diverses sociétés seront dégagées. Au-delà de la valeur utilitaire d’une plante, on s’interrogera sur ses fonctions symboliques ou religieuses. Parallèle- ment, le concept d’ethnozoologie se développe, notamment sous l’impulsion du Professeur Pujol au Museum national d’histoire naturelle de Paris. Un pre- mier colloque lui est consacré à Paris en 1989, un numéro de la revue JATBA en 1996. Pour l’ethnobotanique, le véritable bond en avant se situe à la fin des années 1970. En 25 ans, le nombre d’articles consacrés à l’ethnobotanique va décupler, pour dépasser à présent la centaine par an ! Aujourd’hui, les objectifs des études ethnobotaniques peuvent être regroupés en quatre axes majeurs : (i) documentation de base sur les connaissances bota- niques traditionnelles, (ii) évaluation quantitative de l’usage et de la gestion des ressources végétales, (iii) estimation expérimentale de l’apport des plantes aussi bien en termes de subsistance qu’en termes de res- sources financières et enfin (iv) développement de