131 Arnaud Waquet is with ER3S, University of Lille – Nord de France, France. Sport History Review, 2011, 42, 131-152 © 2011 Human Kinetics, Inc. “Le sport glorifié par la guerre”: Discours et actions de la presse sur l’essor du football dans l’armée française (1914–1918) Arnaud Waquet ER3S, University of Lille–Nord de France “Bien avant que le sport ne vienne à son aide, c’est la presse qui a volé au sec- ours du sport” 1 . Avant la Première Guerre mondiale, la presse sportive entretient effectivement une relation de proximité avec le sport, qui est indispensable à son développement. Elle transmet par exemple les informations utiles à la vie des clubs (dates des compétitions, horaires et lieux des entraînements, compositions des équipes, annonces des résultats), participe à l’élaboration de compétitions voire à l’éducation sportive de la France. Après des débuts diffciles et défcitaires, la presse sportive s’impose avant- guerre dans le paysage journalistique. Ainsi, en 1912, l’Auto “pointe au septième rang des tirages nationaux” (120 000 exemplaires par jour) 2 . Cette performance est d’autant plus estimable, qu’avant la Première Guerre mondiale, la presse fran- çaise est la première au niveau mondial par l’importance de ses tirages. L’arrivée du photojournalisme et la centration de nombreux journaux sur le spectaculaire font exploser les ventes. En 1913, près de 10 millions d’exemplaires sont diffusés chaque jour par 80 titres nationaux (représentant 5,5 millions d’exemplaires) et 252 titres régionaux (4 millions d’exemplaires). Les feuilles à 5 centimes (comme l’Auto) représentent alors les trois quarts du tirage de la presse nationale ; en tête du classement, le Petit Parisien avec 1 million d’exemplaires par jour, puis le Petit Journal avec 900 000 exemplaires quotidiens. Malgré le succès populaire de l’Auto, le sport demeure méprisé par la grande presse d’information. Cette situation est le refet de la position sociale du sport et de sa reconnaissance quasi inexistante avant la Première Guerre mondiale de la part des pouvoirs publics. En 1914, l’entrée de la France en guerre renforce la relation entre le sport et la presse. Si le départ des hommes sur le front interrompt pendant les premières semaines la pratique et la publication de la presse sportive, le contexte de guerre des mois suivants engendre quant à lui une véritable implication des journaux spécialisés dans le développement du sport au front. Dans un contexte de censure, où chaque information militaire et stratégique est contrôlée (loi du 5 août 1914), la presse sportive conserve en effet toute sa substance. Contrairement à la grande presse d’information qui doit se contenter des