Journées Prosodie 2001, Grenoble, 10-11 octobre 2001 XYZ Réinitialisations (resetting) et unités prosodiques maximales : une évidence ? Anne Catherine Simon* et Anne Grobet** * FNRS - Université catholique de Louvain <simon@rom.ucl.ac.be> ** Université de Genève <Anne.Grobet@lettres.unige.ch> ABSTRACT The idea that maximal prosodic units are signalled by both a fall of F0 and a declination line is challenged in this paper. Firstly we propose to substitute the concept of "resetting" for the problematic notion of declination line. Then we demonstrate that both elements (the fall of F0 and the resetting) do not exclusively appear jointly when producing a prosodic unit and that their (dis-)joint appearance produce different interpretative effects. 1. INTRODUCTION Tout modèle descriptif de l’intonation du français se trouve confronté au problème de la définition d’une unité prosodique maximale, faisant intervenir des phénomènes prosodiques globaux. Afin de définir cette unité (« paragraphe oral », « période », etc.), deux critères sont souvent retenus : la chute de la fréquence fondamentale au niveau bas ou infra-bas [Mer87], [Ros99] et/ou la présence d’une ligne de déclinaison sur toute la durée de l’unité maximale, qui a pour effet que les tons hauts successifs sont de moins en moins hauts [MDB98]. Certains auteurs signalent en outre que cette frontière prosodique maximale est renforcée par la présence (non nécessaire) d’une pause [Yul80]. L'examen d’extraits de corpus oraux attestés (non lus) montre toutefois que ces deux indices ne fonctionnent pas forcément de manière conjointe, et qu’une frontière marquée par un ton infra-bas ne va pas nécessairement de pair avec la fin d’une ligne de déclinaison. Nous voudrions donc faire l’hypothèse que la chute de F0 au niveau infra-bas d’une part, et les réinitialisations d’autre part, délimitent deux types d’unités différentes. Nous évoquerons brièvement les unités définies par le premier indice (§ 2), pour nous arrêter plus longuement sur les secondes (§3). Nous étudierons ensuite, à partir de quelques exemples, comment ces deux types d’unités interagissent entre elles (§ 4). 2. LES UNITÉS MARQUÉES PAR LA CHUTE DE LA FRÉQUENCE FONDAMENTALE La chute de la fréquence fondamentale au niveau infra- bas, accompagnée d’une diminution d’intensité et d’un allongement, produit un effet conclusif 1 [Ros85 : 141]. 1 La montée intonative à l’aigu peut, dans certaines questions, produire un effet similaire [WBK78 : 237]. L’unité ainsi délimitée est parfois associée à l’énoncé [Mer91] et parfois au tour de parole. Pourtant, le ton infra-bas ne semble systématiquement lié à la fin d’aucune de ces unités. Par exemple : (1) CF : impossible de parler du débat radiophonique interactif sans évoquer le Téléphone Sonne de France Inter dont toutes les radios se sont inspirées et nous aussi et Marc Decrey aussi certainement lorsqu’il a lancé le premier débat de Forum c’était en septembre 1992 B-B- le Téléphone Sonne de France Inter a . 21 ans il y a 14 ans déjà . Alain Bédouet . que vous le présentez en 14 ans est-ce que les Français ont changé sont devenus . plus curieux B-B- CF, l’animateur, ouvre un débat radiophonique et présente brièvement le prochain locuteur, à savoir AB qui anime le Téléphone Sonne sur France Inter, avant de lui poser une question. Ces deux étapes sont chacune ponctuées par une descente intonative au niveau infra-bas ; pourtant, elles dépassent l’unité de l’énoncé, et seule la deuxième caractérise la fin du tour de parole. Pour cette raison, nous proposons de considérer que la descente à l’infra-bas marque plutôt une unité telle que l’intervention, qui constitue l’unité monologique maximale dans le modèle d’analyse du discours genevois [RFG01], ce qui a pour effet de la présenter comme distincte et autonome 2 . L’exemple (1) illustre ainsi le cas d’un tour de parole réalisé en deux interventions présentées comme distinctes et autonomes [Gro01] Enfin, précisons qu’il n’existe pas de relation biunivoque entre les unités prosodiques et les interventions, dans la mesure où ces dernières ne sont pas toutes marquées par une descente à l’infra-bas. 3. LES UNITÉS MARQUÉES PAR LA REINITIALISATION Le phénomène de la déclinaison tonale, associé à la réinitialisation, soulève de nombreux problèmes et débats théoriques, qu’il n’est guère possible de développer ici [voir GrS01]. Nous les évoquerons rapidement (3.1) avant de préciser le type d’unité qui est marqué, selon nous, par la réinitialisation (3.2). 3.1. Ligne de déclinaison et réinitialisation La déclinaison tonale se définit comme un « abaissement progressif de la fréquence fondamentale du début à la fin d’un énoncé » [LDB99]. Selon Ladd 2 Dans la terminologie genevoise, ce type d’intervention est appelé « mouvement périodique » [RFG01 : 240].