———— LE TOUR CRITIQUE 2 (2013) ——— « Toughts without words » : silence, violence et commémoration dans les dernières œuvres de Woolf MARK HUSSEY P ACE U NIVERSITY 1. n commentant les tableaux suspendus aux murs de Pointz Hall dans Between the Acts, Bart Oliver, ofcier de l’Empire à la retraite, se demande pourquoi les Anglais se désintéressent autant des arts visuels, de manière aussi fagrante, et pourquoi ils sont si mal informés de leurs évolutions. Sa sœur, Lucy Swithin, explique que la question n’est pas de s’y intéresser ou pas, mais, dit-elle, « nous n’avons pas les mots » : « Derrière les yeux ; pas sur les lèvres ; voilà tout. » Son frère, abasourdi par cete explication, se demande alors : « Des pensées sans mots, est-ce possible ? 1 » E 2. Si l’on veut répondre rapidement à la question de Bart Oliver, on peut, en s’appuyant sur les recherches en neurosciences telles que celles vulgari- sées par Antonio Damasio, dire « oui » : selon Damasio, la sensation, c’est de la pensée. Du point de vue du fonctionnement du cerveau, une « image » est « un modèle mental dans n’importe quelle modalité senso- rielle, comme par exemple une image phonique, une image tactile, l’image d’un état de bien-être 2 ». En plus d’images de ce genre, Damasio écrit dans Le Sentiment de ce qui arrive : « il y a quelque chose de soi qui est présent dans la relation particulière qu’on entretient avec un objet 3 » : « Ce quelque chose de soi qui est présent, c’est le sentiment de ce qui arrive quand l’être est modifé par un objet 4 ». Selon Damasio, le langage « est la traduction d’autre chose, une conversion d’images non linguistiques qui symbolisent des entités, des événements, des relations et des inférences 5 ». 1 V. Woolf, Between the Acts, 38. Les citations des diférents textes ont été traduites par nos soins [NB]. 2 A. Damasio, Te Feeling of What Happens, 9. 3 Ibid. 10. 4 Ibid. 5 Ibid. 107. • 99 •