3 La Bêche-de-mer, Bulletin de la CPS N°35 - Juin 2015 Introduction La forte diminution des ressources et des débarque- ments d’holothuries commerciales dans la plupart des îles du Pacifique depuis une vingtaine d’années a incité les gouvernements à prendre des mesures d’urgence, et plus globalement, à réviser leurs modes de gestion des pêcheries d’holothuries (Pakoa et Bertram 2013). Les régulations conventionnelles des petites pêcheries d’ho- lothuries concernent les tailles minimales de captures par espèce pour réduire la mortalité des individus juvéniles et subadultes, l’interdiction de techniques destructives et de certains engins comme les équipements de plon- gée à air comprimé, les licences de pêche, de transport, de transformation et d’exportation, les quotas nationaux globaux ou par espèce (FAO 2012, 2013). En Océanie comme dans d’autres régions tropicales, ces mesures rencontrent cependant de sérieuses difficultés pour être effectivement appliquées et respectées, d’où le recours ultime aux moratoires dans un nombre croissant de pays (Purcell et al. 2013). Par ailleurs les réglementations natio- nales se superposent souvent à des règles d’usage locales qui suivent une logique différente, basée sur des droits de pêche territoriaux et des restrictions coutumières. La mise en réserve de certaines zones récifales apparaît ainsi comme l’une des interdictions de pêche les mieux acceptées socialement et les plus à même d’être en adé- quation avec des réglementations modernes, comme la gestion rotative et les ouvertures temporaires de la pêche (Aswani 2005 ; Léopold et al. 2013a). Harmoniser ces deux niveaux de gouvernance constitue un enjeu majeur Stratégie de gestion spatialisée des holothuries au Vanuatu et en Nouvelle-Calédonie Marc Léopold 1,2, *, Jayven Ham 2 , Rocky Kaku 2 , Sompert Gereva 2 , Jason Raubani 2 et Zacharie Moenteapo 3 Résumé De nombreuses petites pêcheries d’holothuries ont décliné de manière alarmante à l’échelle mondiale suite à une surex- ploitation rapide et une gestion inefficace. Nous présentons ici la nouvelle stratégie de gestion commune au Vanuatu et à la Province Nord de Nouvelle-Calédonie. Cette stratégie a été définie grâce à une démarche empirique initiée en 2008, dans quinze petites pêcheries pilotes mono- et plurispécifiques de ces deux pays. Les résultats ont permis de mettre en évidence quatre principaux facteurs d’efficacité : la gestion spatialisée et la gouvernance partagée des pêcheries, la définition des totaux autorisés des captures (TACs) par espèce et par zone à partir de la biomasse des stocks, la mise en œuvre opérationnelle de la gestion spatialisée par TACs, et l’acquisition des capacités techniques et financières requises par les services gestionnaires. Chacun de ces facteurs fait l’objet d’une analyse à partir des exemples étudiés. Cette étude apporte des résultats intéressants sur le type d’approche à développer pour permettre la régénération des ressources d’holothuries et une meilleure gestion des petites pêcheries associées. Le transfert de cette expérience dans des contextes socio-politiques différents de l’Océanie pourrait être expérimenté compte tenu des résultats encourageants obtenus. pour améliorer l’efficacité des mesures de gestion de ces petites pêcheries côtières. Dans cette perspective, il est fondamental de détermi- ner les échelles spatiale et temporelle, les données bio- logiques et halieutiques, et les modes de gouvernance appropriés pour définir et mettre en œuvre des régu- lations efficaces de la pêche. Compte tenu des risques avérés d’effondrement des pêcheries d’holothuries et du manque d’informations biologiques et écologiques sur les espèces exploitées, des stratégies de gestion prudentes sont recommandées pour pouvoir régénérer le potentiel halieutique et économique. C’est dans cette direction que s’inscrivent nos recherches sur la gestion spatialisée des pêcheries d’holothuries au Vanuatu et en Nouvelle-Calé- donie (Léopold et al. 2013b,c ; Léopold 2014). Ces deux pays, qui contribuent marginalement aux exportations mondiales de bêche-de-mer (FAO 2008 ; Conand et al. 2014 ; Affaires Maritimes de Nouvelle-Calé- donie, com. pers.), présentent des situations différentes de leurs pêcheries. Au Vanuatu, les stocks se sont effon- drés malgré l’instauration de tailles minimales de capture et d’un total autorisé des captures (TAC) national de 26 t exportées en 2005, après un pic de production en 1992 et 1994 (près de 70 t an -1 de bêche-de-mer exportées). Un moratoire national a été instauré de 2008 à 2013, pour permettre la reconstitution des ressources et le lancement d’un plan de gestion national quinquennal en 2015, après une phase d’expérimentation en 2014 (présente commu- nication). En Nouvelle-Calédonie, les exportations de 1 Institut de Recherche pour le Développement (IRD), UMR 9220 ENTROPIE - LABEX CORAIL, BP A5, 98848 Nouméa Cedex, Nouvelle-Calédonie 2 Département des pêches du Vanuatu, Private Bag 9045, Port-Vila, Vanuatu 3 Province Nord, Service milieux et ressources aquatiques, BP 41, 98860 Koné, Nouvelle-Calédonie * Auteur à contacter : marc.leopold@ird.fr