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Research article EMHJ – Vol. 25 No. 10 – 2019
Évaluation du risque de syndrome métabolique chez les travailleurs
postés en Tunisie
Imène Kacem,
1,2
Maher Maoua,
1,2
Yosra Hasni,
1,3
Houda Kalboussi,
1,2
Meriem Hafsia,
1,2
Souha Souguir,
1,3
Senda Ouerdani,
1,3
Amel Maaroufi,
1,3
Olfa El
Maalel
1,2
et Nejib Mrizak
1,2
1
Faculté de Médecine Ibn Al Jazzar, Sousse (Tunisie).
2
Service de Médecine du Travail et de Pathologie Professionnelle, Centre hospitalier
universitaire (CHU) Farhat Hached, Sousse (Tunisie) (Correspondance à adresser à I. Kacem : Kacem.imane@live.fr).
3
Service d’endocrinologie, CHU
Farhat Hached, Sousse (Tunisie).
Résumé
Contexte : Le travail posté est à l’origine de problèmes de santé pour les travailleurs dans le monde entier. Le syndrome
métabolique est l’une des pathologies qui peuvent survenir du fait de ce mode de travail.
Objectifs : Recherche d’une éventuelle association entre le travail posté et le risque de développer un syndrome métabolique (SM).
Méthodes : il s’agit d’une étude transversale menée auprès des agents de sexe masculin d’une centrale de production
d’électricité au centre de la Tunisie. Cette population était répartie en deux groupes selon l’organisation de leur travail,
soit un groupe de travailleurs postés et un groupe de travailleurs non postés. Le recueil des données s’est basé sur un
questionnaire, un examen clinique et un bilan biologique. La définition de la Fédération internationale du diabète 2005 a
été adoptée pour retenir le diagnostic de SM.
Résultats : au total, 263 agents ont répondu à notre convocation, soit un taux de participation de 65,5 %. Le groupe
des travailleurs postés représentait 48,3 % des participants et le groupe des travailleurs non postés 51,7 %. Le diagnostic
de SM a été retenu chez 51,2 % des travailleurs postés et chez 27,2 % des travailleurs non postés, avec une différence
statistiquement significative (p < 10
-3
). Cette association a persisté après ajustement des variables de confusion avec un
OR de 2,64 [1,38-5,04].
Conclusion : notre étude a permis d’objectiver le risque de développement du SM chez les travailleurs postés. Ces
constats relèvent l’importance de la prise de mesures préventives. Cette prévention repose non seulement sur des mesures
hygiéno-diététiques et une activité physique régulière mais aussi sur l’amélioration des conditions de travail.
Mots clés : travail posté, syndrome métabolique, facteurs de risque, Tunisie
Citation: Kacem I ; Maoua M ; Hasni Y ; Kalboussi H ; Hafsia M ; Souguir S et al. Évaluation du risque de syndrome métabolique chez les travailleurs
postés en Tunisie. East Mediterr Health J. 2019;25(10):677-685. https://doi.org/10.26719/emhj.19.040
Reçu : 16/01/18 ; accepté : 05/06/18
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Introduction
Le syndrome métabolique (SM) désigne un état
particulier de morbidité caractérisé par l’association de
plusieurs anomalies métaboliques (1). Le SM est une
pathologie grave à cause de la fréquence des complications
qui lui sont associées et du risque accru de mortalité (2). Il
s’agit d’une affection fréquente dont l’incidence ne cesse
d’augmenter (3). En Tunisie, la prévalence globale du SM
se situe aux alentours de 31,2 % (4).
La prévalence accrue de cette affection a été attribuée
aux changements de mode de vie, particulièrement en
ce qui concerne les nouvelles habitudes alimentaires et
la sédentarité (5). La vie moderne a également imposé
des changements considérables dans l’environnement
de travail (6). Parmi ces changements figure le travail
posté, qui revêt une importance grandissante en raison
du nombre de plus en plus élevé de travailleurs concernés
par ce mode d’activité professionnelle (7).
Le travail posté, qui intéresse environ 20 % des
ouvriers dans les pays industrialisés, a fait l’objet de
nombreuses études afin d’évaluer ses répercussions sur les
mécanismes d’adaptation de l’organisme. En introduisant
un décalage entre le rythme de travail, les prises
alimentaires et les phases de repos entre le jour et la nuit,
le travail posté peut avoir un impact direct sur l’horloge
biologique et entraîner ainsi des perturbations dans
les variations cycliques, hormonales et biologiques (8).
En effet, un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité
en rapport avec le travail en horaires décalés et un stress
psychosocial en rapport avec une vie sociale bouleversée
peuvent être responsables de dérégulations hormonales,
notamment des hormones de l’homéostasie énergétique,
d’un risque accru de gain de poids et de développement de
pathologies métaboliques (9).
Plusieurs auteurs se sont intéressés à l’étude de la
relation entre le travail posté et le risque de développement
du SM, avec des résultats plaidant en faveur d’une
relation de causalité (10). Cependant, une récente revue
systématique a conclu à l’absence de preuves suffisantes
pour cette relation. Les auteurs de cette revue ont également
souligné l’importance d’une prise en considération des
facteurs de risque impliqués dans la liaison de la chaîne
causale complexe du travail posté et du SM (11). Ainsi, les
études menées dans ce domaine ne sont pas concluantes
et les résultats rapportés sont souvent contradictoires