34 Pharmactuel Vol. 42 N° 1 Janvier - Février 2009 34 Pharmactuel Vol. 42 N° 1 Janvier - Février 2009 CAS CLINIQUE EN DIRECT DE L’UNITÉ Un cas de désensibilisation au clopidogrel Julie Méthot, Marie-Pier Fournier, Isabelle Taillon Résumé Objectif : Présenter un cas de désensibilisation au clo- pidogrel réalisé à la suite de l’apparition d’une réaction d’hypersensibilité (rash au tronc) après la prise de clopi- dogrel et de ticlopidine. Résumé du cas : Il s’agit d’une patiente âgée de 72 ans, porteuse d’un tuteur pharmaco-actif, ayant développé un rash au tronc une semaine après l’introduction du clopi- dogrel. L’administration de ce produit a été interrompue et le clopidogrel a été remplacé par la ticlopidine. Toute- fois, après une diminution du rash, ce dernier est réap- paru et s’est même étendu aux mains. L’équipe médicale a donc proposé un traitement de remplacement de celui de la classe des thienopyridines (ticlopidine et clopido- grel). Elle a tenté avec succès une désensibilisation au clopidogrel. L’administration du clopidogrel a ensuite été poursuivie pendant 16 mois sans récidive du rash. Discussion : L’apparition d’une réaction d’hypersensi- bilité au clopidogrel chez les porteurs de tuteurs phar- maco-actifs est problématique, puisque la thérapie par une thienopyridine doit être poursuivie pendant au mini- mum un an après la pose de ce type de tuteur. Quelques rapports de cas publiés mentionnent la faisabilité d’une désensibilisation au clopidogrel par l’administration de doses croissantes de cette substance à intervalles de 15 à 30 minutes moyennant certaines précautions, dont le suivi étroit des signes vitaux et des symptômes d’hyper- sensibilité durant et après l’application du protocole. Conclusion : Bien que l’expérience clinique soit en- core limitée, le cas présenté démontre que la désensibili- sation au clopidogrel est une solution de remplacement intéressante pour les patients ayant présenté une hyper- sensibilité. Des précautions particulières doivent être prises afin d’assurer la sécurité du patient. Mots-clés : clopidogrel, allergie, désensibilisation, ti- clopidine, tuteur pharmaco-actif Introduction Le clopidogrel est un médicament antiplaquettaire largement utilisé. Son usage est lié à une réduction du risque de thrombose des tuteurs pharmaco-actifs et mé- talliques à la suite d’interventions coronariennes percu- tanées lorsque le clopidogrel est employé en association avec l’acide acétylsalicylique 1 . Idéalement, cette double thérapie médicamenteuse est conseillée pour une durée d’un an 1 . Lors de différentes études cliniques l’incidence rapportée de prurit et d’éruptions cutanées touchait en- viron 4 % des utilisateurs 2,3 et constituait une complica- tion chez les patients porteurs d’un tuteur pharmaco-ac- tif, pour qui l’arrêt précoce du clopidogrel peut entraîner une thrombose aiguë du tuteur, situation potentiellement funeste 1 . Au centre tertiaire de cardiologie (Institut uni- versitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec), de nombreux patients doivent subir une intervention coronarienne percutanée, où l’exposition au clopidogrel est très courante. Quelques rapports de cas (1 à 8 cas/ rapport) et une étude prospective comptant 24 patients décrivant l’utilisation de protocoles de désensibilisation au clopidogrel sont présentés dans littérature médicale 4-11 . Le cas décrit dans cet article représente la première désensibi- lisation au clopidogrel réalisée dans cet établissement. Présentation du cas Il s’agit d’une dame âgée de 72 ans, transférée au cen- tre hospitalier afin de subir une coronarographie à la sui- te d’un diagnostic d’angine instable posé à la lumière des résultats d’une épreuve d’effort cliniquement significa- tive. La prescription de la médication usuelle est renou- velée durant son séjour hospitalier, telle qu’elle apparaît au tableau I. L’administration de célécoxib (200 mg deux fois/jour) a été interrompue après la procédure. Aucun autre changement n’a été effectué dans sa mé- dication habituelle, elle ne prend aucun produit naturel, échantillon médical ou produit à l’étude. La patiente a déjà présenté une réaction allergique à la pénicilline, Julie Méthot, M.Sc., Ph.D., est pharmacienne à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (Hôpital Laval) et professeure de clinique, Faculté de phar- macie, Université Laval. Elle effectue actuellement un stage postdoctoral au Centre de médecine génique communautaire de l’Université de Montréal affilié au CSSS de Chicoutimi Marie-Pier Fournier, B.Pharm., est actuellement étudiante à la maîtrise en pharmacie d’hôpital à l’Université Laval. Elle effectue actuellement son stage à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (Hôpital Laval) Isabelle Taillon, B.Pharm., M.Sc., est pharmacienne à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (Hôpital Laval) et professeure de clinique, Faculté de pharmacie, Université Laval