VOL 62: JULY JUILLET 2016 | Canadian Family Physician Le Médecin de famille canadien 547 Commentaire Responsabilité sociale au mésoniveau Au sein de la communauté Robert Woollard MD CCFP FCFP Sandy Buchman MD CCFP FCFP Ryan Meili MD CCFP Roger Strasser MB BS MClSc FRACGP FACRRM Ian Alexander MD CCFP Ritika Goel MD MPH CCFP À quoi bon traiter la maladie des gens si on les renvoie aux circonstances qui les ont rendus malades 1 ? I l s’agit du troisième article d’une série portant sur la responsabilité sociale de la médecine familiale. Les commentaires précédents décrivaient la portée de la responsabilité sociale 2 et le (micro) niveau clinique auquel les médecins de famille peuvent actualiser la responsabilité sociale envers chaque patient individuel- lement 3 . Dans le présent article, nous passons à l’échelle supérieure du mésoniveau : la communauté plus large et le contexte géographique dans lequel se situe le travail médical clinique et universitaire. Il s’agit de la mobilisa- tion, de l’éducation, de la formation et du développe- ment professionnel continu au niveau communautaire. Le quatrième et dernier article de cette série exami- nera le niveau des politiques et de la population (macro), dans lequel les médecins de famille doivent agir en tant que promoteurs de la santé au sein du complexe environ- nement politique du Canada pour atteindre les meilleurs résultats en matière de santé pour tous les Canadiens. Entre le large macroniveau et notre travail au micro-niveau auprès de chaque patient et de chaque famille se trouve celui où des communautés de méde- cins sont appelées à desservir des communautés de patients : le mésoniveau. Relations : médecin-patient, médecin-communauté, médecin-société La médecine a la tradition de s’attendre de ses praticiens qu’ils établissent et entretiennent une relation médecin- patient. C’est là où les médecins de famille se sentent le plus à l’aise et compétents. Toutefois, il est devenu dif- fcile de le faire dans des systèmes de santé de plus en plus fragmentés et surspécialisés, caractérisés par des soins épisodiques et techniques. Parce que la méde- cine familiale est une discipline communautaire 4 , nous sommes appelés à contextualiser et à répondre à des facteurs qui font en sorte que nos patients sont ou non en santé. Cet élargissement de la portée de nos relations nous entraîne au-delà de nos patients individuels et nous mène vers les causes d’un mauvais état de santé qui interviennent à une échelle plus large. Lors de la Conférence William Pickles de 1996, Ian McWhinney a cerné 4 différences qui distinguent les omnipraticiens des spécialistes 5 . L’une d’entre elles est que les généralistes voient leurs patients d’une manière organismique plutôt que mécanistique, c’est-à-dire comme étant des êtres complexes qui interagissent et sont intimement liés avec leur famille, leurs communau- tés et la société dans son ensemble, tous des éléments qui infuent sur leur santé. Étant des médecins organis- miques, il s’ensuit que nous ne devrions pas nous limiter à considérer la santé et la maladie comme des entités et des responsabilités individuelles, ni devrions-nous limi- ter notre rôle à n’agir que sur le plan individuel. En tant que médecins généralistes, nous avons le pouvoir, l’in- fuence, la responsabilité professionnelle, le cadre éthique et, par conséquent, l’obligation de prendre en compte les déterminants plus larges de la santé qui touchent non seulement les individus, mais aussi les communautés et l’ensemble de la société, et d’agir pour les infuencer. Des données scientifques convaincantes prouvent d’ailleurs qu’une telle approche fait une différence 6 . À titre de communautés de médecins, nous avons l’obligation d’agir ensemble pour servir nos communau- tés partenaires de patients, de gestionnaires du système de santé, de décideurs, d’enseignants et de chercheurs. Quoique ce soit essentiel, il ne sufft pas de simplement composer avec les patients qui nous consultent. Il faut aussi réfléchir aux infuences qui nous les amènent et agir pour assurer la présence de ressources locales et régionales qui représentent les plus importantes et les meilleures expressions de nos communautés se sou- ciant les unes des autres. L’article précédent sur le microniveau nous interpelait pour que nous connections nos patients avec les res- sources communautaires en matière d’aide au revenu, de logement, d’éducation, de remboursement des pres- criptions, ainsi que d’entraide et de services sur les plans clinique et social 2 . Dans chacun de ces domaines, les médecins de famille peuvent infuencer la qualité, l’accessibilité et l’effcacité de ces importants facteurs pour la santé et le bien-être de nos patients dans nos communautés respectives. Comment pouvons-nous être d’efficaces promo- teurs de la santé au mésoniveau? Par exemple, les médecins devraient-ils s’impliquer dans les processus d’admission de nos facultés de médecine locales pour que soient acceptés les étudiants les plus susceptibles de répondre aux besoins de nos communautés (sur les plans géographique, culturel, socioéconomique, etc.)? This article is also in English on page 538.