1 Le marché académique suisse et les transformations de la configuration universitaire Lukas Baschung, Romain Felli, Gaële Goastellec et Jean-Philippe Leresche Observatoire Science, Politique et Société, Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne Introduction Dans le contexte de volontés politiques et scientifiques de renforcement de la compétitivité et de l’attractivité des places scientifiques nationales et européenne, les marchés académiques sont sous tension. Le problème de leur gestion se fait de plus en plus pressant, comme en attestent deux phénomènes: d’une part, l’augmentation des publications scientifiques questionnant ces « marchés académiques », « marchés des universitaires » (Musselin, 2005a) ou « academic workplace » (Altbach, 2000) ; d’autre part, l’inscription croissante de cet enjeu à l’agenda politique (CHEPS, 2001). Au niveau international, cette problématique des marchés du travail académique est intimement liée aux transformations récentes de l’enseignement supérieur. L’augmentation massive du nombre d’étudiants suscite des changements dans les conditions de travail des universitaires et pose le problème des taux d’encadrement. Comme le rappelle C. Musselin (2005a), ce nouveau critère illustre l’investissement accru des institutions dans la gestion des personnels et des postes : les demandes de poste se font désormais davantage selon les besoins d’encadrement et le développement de certaines disciplines. Confrontées à un nombre croissant d’étudiants, les institutions sont également amenées à gérer l’augmentation du nombre de leur personnel universitaire, en prenant en compte la représentation des femmes, nouvelle exigence sociale et politique. Cette augmentation va de pair avec la transformation des contrats de travail (augmentation des temps partiels et contrats précaires) et des salaires. Si les postes de professeur à plein temps et permanents demeurent la norme aux Etats-Unis et en Europe (exception faite du Royaume-Uni), la sécurité de l’emploi ne s’érige plus en « règle d’or » (Altbach, 2000). Ces nouvelles dynamiques accroissent la responsabilité des institutions universitaires dans la gestion des marchés académiques (Musselin, 2005 ; Enders, 1999). Plus largement, la question des marchés académiques, que ce soit au niveau régional ou national, prend toujours place dans une « configuration universitaire » (Musselin, 2001) structurante qui contraint