BABELAO 10-11 (2022), p. 145-159
© ABELAO (Belgium)
Qu’est-ce qui se cache derrière un apparat
critique ? Rm 5,1 ou pourquoi il faut continuer
à faire de la critique textuelle
Par
Régis Burnet et Pierre-Édouard Detal
Université catholique de Louvain
uand on ouvre le NA28, mais aussi l’UBG5, le SBLGNT, le NET Greek et même
l’édition de Scrivener (1881), une certitude s’impose, le verset Rm 5,1 commence de
cette manière : Δικαιωθέντες οὖν ἐκ πίστεως εἰρήνην ἔχομεν πρὸς τὸν θεὸν, « Ainsi,
justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu ». D’ailleurs, les interprètes des collections
prestigieuses sont d’accord : Cranfield pour l’International Critical Commentary, Wilckens
pour l’Evangelisch-katholischer Kommentar zum Neuen Testament, Moo pour le New Inter-
national Commentary on the New Testament, mais aussi ces grands exégètes que sont Charles
Kingsley Barrett et Ernst Käsemann
1
. Pourtant, la majorité des manuscrits et l’ensemble des
Pères de l’Église n’ont jamais lu ce texte, car ils disposaient de témoins qui contenaient une
exhortation : Δικαιωθέντες οὖν ἐκ πίστεως εἰρήνην ἔχωμεν πρὸς τὸν θεὸν, « ainsi donc,
justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu ». Si la plupart des commentateurs mentionnent
cette lecture traditionnelle, d’autres, comme Stuhlmacher, ne prennent pas la peine de discuter
la variante et brodent allègrement : « Nous, qui sommes justifiés par la foi (seule), avons déjà
reçu la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ. Alors que les pécheurs s’éloignent de
Dieu (cf. Gn 3,8 et suivants) et, lorsqu’ils sont confrontés à Lui, se posent en adversaires (v.
1
BARRETT 1957, p. 102 ; CRANFIELD 1986, p. 1257 ; KÄSEMANN 1980, p. 133 ; WILCKENS 1978, p. 1288-
1289 ; MOO 1996, p. 20.
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