3 Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, 2007, N°73, pp. YY-ZZ Résumé : Deux recherches, portant sur la représentation sociale de la dro- gue, ont été réalisées afin d’explorer l’effet potentiel des modalités de réponses proposées au sein d’un questionnaire de mise en cause. Quatre questionnai- res (deux par recherche) faisant varier le nombre de modalités de réponse, la présence d’une réponse médiane et le type de réponse (référence ou non à l’objet) ont été proposés à 518 sujets répartis en 4 groupes comparables sur la base de leurs profils sociodémographiques et des types de pratiques liés à la drogue. Les résultats indiquent l’impact important des modalités de ré- ponse sur les structures obtenus : nombre plus ou moins élevé, voire absence d’éléments centraux. Plusieurs interprétations sont proposées. L’analyse des réponses des sujets souligne la spécificité des réponses médianes dans les questionnaires de mise en cause et leur rôle comme support des « mondes possibles » proposés aux sujets. De même, la spécificité de l’objet (prégnance du questionnement normatif dans le cas de la drogue) interroge le statut psychosocial des représentations étudiées. Enfin, la dénotation de l’objet dans les modalités de réponses proposées constitue également un élément potentiellement explicatif des résultats obtenus. Cet ensemble de recherches suggère un questionnement des modes de recueil des représentations sociales au regard de leur statut et de la spécificité des objets étudiés. Mots-clés : représentation sociale de la drogue, noyau central, mise en cause, modalités de réponse. La théorie du noyau central Enoncée à partir des travaux de Jean-Claude Abric (1976, 1987), la théorie du noyau central occupe aujourd’hui une place incontournable dans la re- cherche sur les représentations sociales. Un certain nombre de travaux (Abric, 1989 ; Guimelli et Rouquette, 1992 ; Moliner, 1988) ont été réalisés dans le cadre de cette approche conceptuelle et ont permis d’en valider l’hypothèse initiale. Dans cette perspective, une représentation sociale est un ensemble organisé et structuré d’informations, de croyances, d’opinions et d’attitudes (Abric, 1994). Elle constitue un système sociocritique particulier composé de deux sous-sys- tèmes en interaction : un système central et un sys- tème périphérique. Toute représentation est organisée autour d’un noyau central (ou système central). Le noyau cen- tral constitue la base commune et consensuelle de la mémoire collective et du système de normes auquel un groupe se réfère (Abric, 2001). Il est constitué d’un nombre très limité d’éléments qui lui donne sa si- gnification (fonction génératrice) et détermine les relations entre ses éléments constitutifs (fonction organisatrice). Les éléments centraux constituent ce que Flament et Rouquette (2003, p. 23) nomment des « critères décisoires dans la catégorisation » des spé- cimens (objets) rencontrés. Autrement dit, la présen- ce de ces critères est nécessaire pour que l’objet soit reconnu et leur absence entraîne une non-reconnais- sance de l’objet. Autrement dit, la présentation d’un objet qui n’inclurait pas ces éléments conduirait à une non-reconnaissance de celui-ci. Comme le sou- ligne Flament (1994), il ne s’agit pas d’un simple effet de consensus (ou de majorité) autour de critères, qui témoigne de l’importance des éléments en termes quantitatif. Ces critères décisoires doivent être ap- préhendé comme schèmes absolus. Le système périphérique est quant à lui beaucoup plus flexible. Il permet une différenciation en fonc- tion du vécu et une intégration des expériences quo- tidiennes (Abric, 1994). Il contribue à la protection du noyau central en permettant une certaine hétérogé- néité de contenu au sein de la représentation et per- met l’adaptation aux évolutions du contexte. Comme le souligne Abric (2003, p. 376), la théorie du noyau central a une conséquence méthodologique essentielle : « étudier une RS, c’est d’abord et avant tout, chercher les constituants de son noyau cen- tral ». Ainsi, l’approche structurale d’un objet, quel qu’il soit, suppose la recherche du noyau central de la représentation 1 . Identification du noyau central : l’utilisation de la technique de mise en cause Un certain nombre d’outils est disponible pour identifier le noyau central d’une représentation : la technique des schèmes cognitifs de base (cf. Guimelli et Rouquette, 1992) ; la technique de reconnaissance de l’objet (cf. Abric, 2003) ; l’induction par scénario ambigu Approche structurale de la représentation sociale de la drogue : interrogations autour de la technique de mise en cause Lionel DANY et Thémis APOSTOLIDIS Laboratoire de Psychologie sociale, Université de Provence, Aix-en-Provence, France Pour toute correspondance relative à cet article, s’adresser à Lionel Dany Laboratoire de Psychologie Sociale de l’Université de Provence, 29 avenue Robert Schuman, 13621 Aix-en-Provence CEDEX 1, France ou par courriel à <lionel.dany@up.univ-aix.fr>.