Cat moir et CharLes WoLfe LE CORPS MATÉRIALISTE je trouve que ce mot de corps est fort équivoque (Descartes à Mesland, 6 février 1645, AT, IV, 166) Introduction Quel rapport entre matérialisme et corps ? Les jeux semblent faits d’avance : de la plus lointaine Antiquité (par exemple, les sarcasmes pla- toniciens puis aristotéliciens sur les « fls de la Terre » ou les phusiolo- goi qui chercheraient à tout expliquer par le corps) jusqu’au physicalisme contemporain, le matérialisme n’est-il pas cette ontologie (plate) qui af- frme que tout n’est que corps ? D’une part, il y a là, bien sûr, un problème de défnition : quand Hobbes affrme que les processus mentaux ne sont que des petits mouvements dans le corps, il témoigne d’une conception mécaniste du corps, alors que l’affrmation de La Mettrie, « celui qui vou- dra connaître les propriétés de l’Âme doit auparavant rechercher celles qui se manifestent clairement dans le corps 1 », est certes réductionniste, mais il ne s’agit pas d’une réduction aux propriétés mécaniques de la matière, au sens de l’iatromécanisme classique du XVII e siècle, cartésien ou non, comme dans cette affrmation de Baglivi : Les médecins se mirent enfn à examiner la structure du corps et les phéno- mènes de l’organisme, en appliquant à cet examen les principes de la géomé- trie mécanique, les expériences physico-mécaniques et celle de la chimie. [… Alors] l’on put reconnaître que le corps humain, considéré sous le point de vue des actes physiques, n’était au fond qu’un ensemble de mouvements empruntés 1 Julien Offray La Mettrie, Traité de l’âme, chap. I, in Œuvres philosophiques, éd. F. Markovits, Paris, Fayard, coll. « Corpus », 1987, t. I, p. 125. La Mettrie parle également de chercher à « démêler l’Âme, comme au travers des Organes du corps » (L’Homme-Machine, in Œuvres philosophiques, op. cit., t. I, p. 66).