Toutes périodes Chronique de l'Archéologie wallonne 230 Wanze/Wanze : golf Naxhelet, une nécropole mérovingienne sur le site d'un vaste établissement du Haut-Empire Denis Henrard, Sophie de Bernardy de Sigoyer, Claire Goffioul, Frédéric Hanut et Koen Deforce Depuis septembre 2012, une opération archéologique de grande envergure est en cours dans la commune de Wanze, menée par le Service de l'archéologie de la Direction extérieure de Liège 1 (DGO4 / Départe- ment du patrimoine). L'intervention s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre d'un permis pour la créa- tion d'un golf, implanté de part et d'autre de la rue Naxhelet. Les travaux d'aménagement concernent une superfcie de 120 ha, soit une grande partie du plateau dominant la confuence de la Mehaigne et de la Meuse. Pour rappel, les campagnes précédentes ont notam- ment permis de mettre au jour d'importantes traces d'implantations protohistoriques (Gofoul et al., 2014 c ). Les vestiges d'un vaste établissement gallo- romain ont également été repérés lors de la fouille du secteur 4 (Gofoul et al., 2014 b ). Il serait implanté dès la seconde moitié du 1 er siècle apr. J.-C., certainement en relation avec une sépulture à crémation de statut privilégié, datable entre 50 et 80 apr. J.-C., située au centre du plateau (Gofoul et al., 2014 a ). Entre le 12 et le 26 septembre 2014, une évalua- tion archéologique a été menée sur le secteur 2 qui jouxte le secteur 4. Cette intervention couvre une parcelle de 4,1 ha, située entre la ferme Naxhelet (secteur 7) et une voirie ancienne, illustrée sur la carte de Ferraris (1771-1778) et réaffectée dans le cadre du projet d'aménagement du golf. L'évalua- tion a été opérée en tranchées continues couvrant 10 ou 20 % du terrain selon la densité des vestiges observés. Quarante-sept nouvelles structures ont été repérées en plan, sous la forme de fosses, de fossés, d'empreintes de poteaux, ou encore de larges zones de remblais détritiques incorporant des maté- riaux de construction (terres cuites architecturales, moellons de grès). Le mobilier céramique récolté au décapage à la surface de ces structures date du Haut-Empire. Par ailleurs, quatorze inhumations attribuées au Haut Moyen Âge, ainsi qu'une tombe de cheval, ont été découvertes. La plupart des vestiges n'ont pas été fouillés, mais préservés en vue d'une phase d'intervention extensive ultérieure. C'est pourquoi nous nous limiterons à des constata- tions très générales. Implantation de l'établissement du Haut-Empire Dans le secteur 4, fouillé en 2012, l'occupation romaine est matérialisée par au moins trois bâtiments (dont A et B) rigoureusement alignés et bordés par un fossé (F02) orienté nord-est/sud-ouest (Gofoul et al., 2014 a ). Le fossé F02 s'estompe vers le nord-est sous l'efet de l'éro- sion ; sa prolongation vers le sud-ouest est probable, bien que les conditions d'observation lors de l'éva- luation du secteur 2 n'aient pas permis de l'identifer. Quoi qu'il en soit, cet agencement s'apparente à la cour d'exploitation d'un établissement de type « villa », dont la confguration précise et la relation avec un probable bâtiment résidentiel restent à défnir. Dans le secteur 2, les traces d'occupations romaines semblent circonscrites vers le sud-ouest par le fossé F26, perpendiculaire au fossé F02 du secteur 4. Remar- quons qu'un réseau de fossés découvert en bordure ouest de l'évaluation, non daté, semble répondre au même schéma d'implantation général. Les secteurs 3 et 7, ainsi que la frange nord- ouest des secteurs 2 et 4, aux alentours de la ferme Naxhelet, n'ont fait l'objet que d'un suivi de chantier assez sommaire. Ils ont néanmoins livré des traces éparses d'époque romaine, dont un foyer construit et deux fosses d'ensilage. En limite de rupture de pente vers la Mehaigne, un mur de soutènement ancien (secteur 7, F01) a pu être très partiellement observé. Cette construction, arasée et recoupée de biais par un mur de soutènement moderne formant une limite cadastrale, a dû participer au nivellement de la surface d'occupation. Sa face interne, contre le terre-plein, n'est pas parementée tandis que sa face externe n'est pas conservée ; sa largeur devait avoisiner 120 cm. L'âme de la maçonnerie témoigne d'une mise en œuvre assez rudimentaire, constituée de matériaux hétéroclites de petits calibres (fragments de tegulae, galets, travertin et blocs de grès grossièrement équarris), assemblés à sec en assises irrégulières d'appareillage incliné. Le seul élément de datation notable associé au mur F01 est un fragment de pot à cuire de type Niederbieber 89 (fn 2 e -3 e siècle ; Oelmann, 1914 [1976]), découvert sur le niveau d'arasement de la maçonnerie. Le fossé F26 (secteur 2) pourrait avoir joué un rôle complémentaire au fossé F02 (secteur 4) et au mur de soutènement F01 (secteur 7) en tant qu'enclos de l'éta- blissement romain, délimitant ainsi un espace d'une superfcie d'une dizaine d'hectares établi en bordure nord-ouest du plateau et dominant la vallée de la Mehaigne. À moyen terme, l'évaluation du secteur 5, vers le centre du plateau, devrait permettre de vérifer cette hypothèse.