L’érosion éolienne dans le Sahel nigérien : influence des pratiques culturales actuelles et méthodes de lutte. Charles L. Bielders 1 Jean-Louis Rajot 2 Karlheinz Michels 3 1 Département des Sciences du milieu et de l’aménagement du territoire, Université catholique de Louvain, Croix du Sud 2, bte 2, B-1348, Louvain-la-Neuve, Belgique <bielders@geru.ucl.ac.be> 2 IRD-LISA-Université Paris 12, 61, avenue du Général de Gaulle, 94010 Créteil cedex, France <rajot@lisa.univ-paris12.fr> 3 Institute for Plant Production and Agro- Ecology in the Tropics and Subtropics, Université de Hohenheim, 70593 Stuttgart, Allemagne Résumé Au Sahel, l’érosion éolienne constitue une menace importante pour l’utilisation durable des ressources en terres. Elle présente une dynamique saisonnière marquée en relation avec les cycles climatiques intraannuels et l’évolution du couvert végétal. Au Niger, pays sahélien servant d’exemple pour cette revue de la littérature, l’érosion éolienne est, de plus, favorisée par la dominance de sols sableux à faible teneur en matière organique et par les pratiques culturales qui contribuent à maintenir un faible couvert du sol pendant la période la plus critique en fin de saison sèche et au début de la saison des pluies. L’érosion éolienne se traduit par des pertes en terres parfois considérables à l’échelle de la parcelle expérimentale et du champ. Du fait que l’essentiel des sédiments érodés se redéposent localement, le bilan à l’échelle du terroir villageois serait encore actuellement positif, bénéficiant d’apports extérieurs de poussières. Les agriculteurs sont conscients de leur impact sur l’environnement et prennent un ensemble de mesures qui contribuent, parfois indirectement, à réduire le risque d’érosion éolienne : paillage, maintien des pailles de mil dans les champs, préservation de la régénération naturelle de la végétation, maintien de la végétation en bordure de champ, défrichage des champs sans brûlis, etc. Cet article passe en revue les avantages et les limitations de ces différentes techniques ainsi qu’un certain nombre d’autres techniques évaluées dans le cadre de nombreux projets de recher- che et de développement au Niger. À l’avenir, il est vraisemblable que la lutte contre l’érosion éolienne ne pourra se concevoir qu’au travers de la mise en œuvre d’un ensemble de mesures simples reposant sur le savoir-faire et les moyens locaux et apportant des bénéfices immédiats autres que le contrôle de l’érosion, par exemple en termes de fertilité des sols ou de sous-produits intéressants. Mots clés : A venir Summary Wind erosion in the Nigerian Sahel : Impact of present cultural practices and control measures Wind erosion constitutes a major threat for the sustainable use of land resources in the Sahel. It is characterised by strong seasonal dynamics in relation to the intra-annual climatic cycles and the evolution of the vegetation cover. In Niger, a Sahelian country taken as example for the present review, wind erosion is further favoured by the dominance of sandy soils poor in organic matter and agricultural practices that help maintain a low ground cover during the most critical period at the end of the dry season and start of the rainy season. Wind erosion can be responsible for considerable losses of soil at plot and field scale. However, because most eroded sediment redeposits locally, the mass balance at the scale of the village land is likely to be still positive as a result of external inputs of dust. Farmers are aware of their impact on the environment and are taking a series of measures that help reduce the Rubrique ? ? Sécheresse 2004 ; 15 (1) : 1–14 Sécheresse n° 1, vol. 15, janvier 2004 1