Extrait de « L’Université de Louvain : à la fois chrétienne et pluraliste ? » http://sites.uclouvain.be/Martin5/U.catholique/Sommaire.html UCLOUVAIN, VERSION 2010 Jean de Munck Sociologue UCL La chose est certaine désormais : une nouvelle université rassemblera, en 2010, les quatre universités catholiques déjà existantes en Communauté française de Belgique. Nous en savons désormais un peu plus sur l’organisation de cette nouvelle « Université catholique de Louvain ». En ce début juillet 2009, les lignes directrices de sa gouvernance ont été approuvées par toutes les instances compétentes des entités concernées (l’UCL, les FUNDP de Namur, les FUSL de Bruxelles, la FUCAM à Mons). Il ne reste plus qu’à mettre en œuvre ce vaste plan. Le démarrage est programmé pour septembre 2010. Preuve d’une détermination sans faille : un budget commun aux quatre entités sera élaboré dès 2011. L’organisation universitaire qui émerge de ce rassemblement est extrêmement complexe. Elle tente de concilier décentralisation et centralisme, enseignement, recherche, service. Elle méritera d’être évaluée selon trois critères. D’abord, un critère d’efficacité. L’économie d’une telle organisation est loin d’être simple. La distribution spatiale sur des sites différents et la différenciation croissante de ses missions (recherche, enseignement, service) rendent les coûts de transaction très lourds. Il faudra, deuxièmement, apprécier cette organisation sur le plan de la démocratie interne. Les universitaires n’ont pas enterré mai 1968 sur tous les plans : les mécanismes de délibération et de représentation restent cruciaux dans une entité universitaire qui ne peut ni ne veut s’identifier à une business firm. Mais la communauté louvaniste (grand format) attendait aussi une décision sur un troisième critère : celui de l’identité symbolique de l’université nouvelle. Le problème n’était pas de savoir si les entités fédérées conserveraient ou non leur appellation particulière dans la nouvelle entité globale. La réponse sur ce point est unanimement positive, nonobstant le fait qu’une appellation commune est bien évidemment censée chapeauter l’ensemble. C’est ce nouveau label faîtier qui posait un problème. Il s’agissait de savoir si l’université nouvelle se pensait, se voulait encore, d’une manière ou d’une autre, catholique. Un débat vif et nourri, mené entre 2008 et 2009, a vu s’affronter le camp « pour le C » et celui « contre le C », sous l’œil un peu perplexe des indifférents (de loin les plus nombreux). Le débat a été utile puisqu’il a montré la multiplicité des niveaux auxquels se posait cette question d’identité collective, irréductible à l’agrégation des convictions privées des individus. Mais foisonnante comme elle l’est, la discussion est interminable. Il fallait décider. L’université nouvelle ne pouvait se payer le luxe d’une vacillation symbolique au moment de faire aboutir un rassemblement si difficile. Trois décisions pour une identité Le schéma directeur approuvé par les instances compétentes traite la question de l’identité symbolique de l’université par trois mesures conjointes. Premièrement, la nouvelle université s’appellera bel et bien « Université catholique de Louvain » (et non pas « Université de Louvain »). Dans le débat relatif à cette question, il est vite apparu que les arguments pour ou contre le C pouvaient se distribuer sur deux registres : l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité. Le débat sur la conviction fut très investi, passionné, mais ne fut pas conclusif. A l’issue du colloque du groupe Martin V consacré à cette question, Philippe Van Parijs a fait (en son nom personnel) une intéressante proposition de synthèse fondée sur une « inversion de paradigme », inspirée par l’expérience de l’université de Nijmegen, aux Pays-Bas 1 : au lieu de se considérer comme une université catholique ouverte au pluralisme, Louvain devrait désormais se 1 On la trouvera sur le site http://www.uclouvain.be/238857.html sous le titre « Un projet lucide, un nom qui lui sied ».