Cah. Lexicol. 107, 2015-2, p. 83-93 Stefano ARDUINI Les aPPROChes COgNITIVes La grammaire générative a déplacé le centre de gravité des études linguistiques des éléments constitutifs du système de la langue – phonèmes, morphèmes lexèmes et signifés lexicaux – vers la structure unitaire de la phrase. Dans la tradition générative, la phrase est considérée en premier lieu comme une unité formelle autonome des contenus conceptuels organisés. Mais une fois que la phrase a été placée au-devant de la scène, il était inévi- table que l’intérêt pour sa forme grammaticale se double d’un intérêt aussi profond pour ses dimensions fonctionnelles : d’une part, pour son attitude à entrer dans des combinaisons textuelles et dans des contextes d’emploi ; d’autre part, pour les structures conceptuelles et cognitives complexes associées aux phrases et aux textes. Le premier élargissement a donné naissance à la linguistique du texte ; le second aux approches fonctionnelles et cognitives. La linguistique cognitive est un style de recherche qui inclut le travail de plusieurs linguistes provenant de différents cadres théoriques. Elle est le résultat de recherches différentes qui présentent des traits communs. Pour cette raison, le sens à donner au terme cognitif n’est pas uniforme : ce qui unife la linguistique cognitive, c’est l’idée de la langue comme réservoir de la connaissance du monde (Geererts et Cuyckens 2007 : 5), l’ensemble des catégories signifcatives qui nous aident à développer notre expérience et à stocker l’information 1 . À partir de cette prémisse, les faits de langue ne sont 1 Les débuts de la linguistique cognitive remontent à 1975 (cf. Peeter 2001, Nerlich et Clarke 2007) lorsque Lakoff renonce à la tentative de développer une sémantique générative et utilise cette expression pour la première fois. C’est à peu près dans les mêmes années que Charles Fillmore commence à travailler à la Frame Semantics alors que Ronald Langacker jette les bases de la Space Grammar (cf. Gaeta et Luraghi 2003 : 18-19) qui ensuite prendra le nom de Cognitive Grammar. Le travail de Langacker rejoint celui de Talmy (2000a et 2000b), lequel avait essayé d’introduire les principes de la psychologie de la Gestalt dans l’analyse linguistique à partir de sa thèse de doctorat. En utilisant