Phares 9 L’art et la question du jugement esthétique dans la philosophie d’Ernst Cassirer Étienne Brown, Université d’Ottawa En 1923, Ernst Cassirer publiait le premier volume de sa Philosophie der symbolischen Formen, l’oeuvre pour laquelle il reste le plus connu aujourd’hui. Si ce premier volume était alors consacré à l’étude du langage, trois autres volumes s’intéressant au mythe, à l’art et à la science en tant que formes symboliques étaient prévus dans son projet initial 1 . Pourtant, des quatre volumes planifés, seulement trois ont fnalement vu le jour, et le projet d’un volume qui serait entièrement dédié à l’art fut éventuellement abandonné. Bien que les considérations de Cassirer sur l’art soient nombreuses au sein de son oeuvre, le traitement de l’art en tant que forme symbolique reste donc nettement moins systématique que celui du langage, du mythe et de la science. Dans cet article, nous nous proposons de poursuivre l’étude de l’art en tant que forme symbolique, déjà bien entamée par les spécialistes de la philosophie de Cassirer. Dans un premier temps, il s’agira de défnir la notion de forme symbolique en tant que telle, avant de cerner comment le philosophe néo-kantien a pu appliquer cette notion à l’art. Malgré l’abandon de la rédaction d’un volume entier sur l’art, Cassirer n’a effectivement jamais renoncé à concevoir le fait artistique comme une forme symbolique, ce qui indique bien la nécessité d’approfondir notre compréhension de ce concept afn de bien cerner la nature sa philosophie. Dans un deuxième temps, il s’agira de poser une question plus proprement esthétique : les considérations de Cassirer sur l’art permettent-elles une certaine évaluation des oeuvres artistiques ? Autrement dit, est-il possible de déceler dans sa philosophie un véritable critère de jugement esthétique permettant de cerner la qualité d’une oeuvre d’art ? Notre hypothèse, à ce sujet, est que la philosophie cassirerienne complexife considérablement la question