1 Mener une recherche en terrain « sensible » : « ficelles » méthodologiques et réflexivité à partir des expériences de soi Simon NGONO Laboratoire de recherche sur les espaces créoles et francophones (LCF, EA 7390) Université de La Réunion, France ngonosimon@yahoo.fr Résumé : La science fonctionne avec des normes, des pratiques sociales. Elle s’appuie sur un ensemble de procédures et de postures qui permettent de « conduire la recherche en sciences sociales » (Becker, 2002) et de saisir la réalité sociale. Certains travaux (Berger, Luckmann, 1996 ; Watzlawick, 1978) insistent sur le fait que la réalité sociale relève d’une construction et cette dernière étant elle-même déterminée par le rapport du chercheur au terrain, à son environnement de travail et au contexte sociopolitique. Ce dernier a des répercussions sur le travail de recherches. La question de terrain « sensible » est corrélée à celle des « obstacles épistémologiques » (Bachelard, 1938) que le chercheur doit contourner, voire résoudre dans sa relation liée à son champ d’étude ou à son terrain. Ces questionnements invitent à des démarches spécifiques, quelque fois à équidistance de l’orthodoxie de la recherche scientifique, et peuvent favoriser ainsi une plus grande subjectivité. Le travail de recherche revêt une dimension sociale qui s’inscrit dans la « praxis » (Miège et Pailliart, 2007). La question du rapport au terrain requiert la mise en place des démarches particulières. En effet, aborder le terrain de recherches dépend des lieux, des contextes et contraintes quelles soient sociales, politiques ou administratives, de la valeur accordée à la science et de la manière dont les imaginaires sociaux appréhendent l’activité scientifique. En Afrique en général et au Cameroun plus précisément, la dominance est marquée par des pratiques politiques autoritaires qui ont des incidences sur tout le corps social, notamment le monde de la recherche. Pour les scientifiques, le terrain » camerounais est considéré comme « sensible ». Ce milieu de recherche fragile se définit et s’explique à partir des pesanteurs sociales et politiques qui peuvent être rédhibitoires aux avancées de recherches ou encore au chercheur lui-même. Un environnement souvent marqué par de vraies apories d’accès aux données y compris celles officielles, et à des jugements de valeurs sur l’identité du chercheur. Le questionnement au cœur de ce travail se présente comme suit : comment le « terrain » peut