L’infection de la souris par le virus de Theiler. Un modkle pour l’ktude de la sckose en plaques Michel Brahic L’infection de la souris par le virus de Theiler est un modele d’infection persistante du systeme nerveux central accompagnee d’inflammation chronique et de demyelinisation primaire. La pathogenic de cette maladie a et6 etudiee h l’echelle moleculaire. Une region de la capside virale controle la migration du virus des neurones vers les cellules gliales de la substance blanche. La sensibilite des souris P l’infection est determinee par au moins trois genes, dont H-ZD, qui a et6 identifie. L’ensemble des resultats illustre comment des mutations chez un virus ubiquitaire peuvent, chez des individus genetiquement predisposes, induire une infection persistante et une maladie inflammatoire chronique. Des situations analogues pourraient exister chez l’homme. Unit6 des virus lents, URA 1157 CNRS, lnstitut Pasteur, 28, rue du &-Roux, 75724 Paris Cedex L es modeles animaux sont in- dispensables pour l’etude de maladies humaines d’etiolo- gies complexes. 11s procurent les in- formations necessaires pour formu- ler, puis tester, de nouvelles hypotheses concernant la patho&- nie de ces maladies humaines dif- ficiles a etudier. La sclerose en plaques est un exemple parti- culierement demonstratif. Notre vision actuelle des interactions en- tre genes de sensibilite, virus et reactions immunitaires qui abou- tissent a la destruction de la gaine de myeline, doit beaucoup a l’e- tude de ces modeles, en particulier celui que nous allons decrire dans cette revue. Le virus de Theiler fut isole pour la premiere fois en 1933 du cer- veau d’une souris presentant une paralysie des pattes posterieures [261. Des cette epoque, Max Thei- ler demontra que les proprietes de ce virus etaient voisines de celles du poliovirus, mais qu’il persistait dans le systeme nerveux central (SNC) pendant toute la vie de l’a- nimal malgre la presence d’anti- corps specifiques 1271. Ce n’est ce- pendant que dans les annees 1950 que d’autres auteurs ont remarque que la persistance du virus s’ac- compagnait de lesions inflamma- toires de la substance blanche avec demyelinisation primaire ; c’est-a- dire destruction de la gaine de myeline mais conservation des axones 18, 91. Ces lesions ressem- blent de tres pres aux plaques ac- tives retrouvees chez les malades atteints de s&rose en plaques. ANNALES DE L’lNSTITUT PASTEUR / actualit& (1995) 6,2,143-147 0 Elsevier, Paris Dans la nature, ce virus se transmet par voie orale et causeune infection inapparente du tube digestif. Une proportion faible des souris infec- tees (environ 1/lOOO) presente la maladie neurologique. Au labora- toire, celle-ci est obtenue chez toutes les souris qui sont infectees par voie intracerebrale. Cette maladie est bi- phasique [18]. Dans la premiere phase, le virus se multiplie dans les neurones du cerveau puis de la moelle epiniere. Au bout d’une se- maine ou deux, le virus disparait des neurones et la maladie entre dans sa deuxieme phase. Au tours de celle-ci, le virus est retrouve dans la substance blanche de la moelle epinik-e [31. Les cellules infect&es sont principalement des oligoden- drocytes, cellules qui forment la my&line, et des cellules micro- gliales, les macrophages residants du SNC [I]. Ces cellules infectees sont entourees d’infiltrats de lym- phocytes T, B et de macrophages, au sein desquels setrouvent les axones demyelinises (fig 1). La majorite des souches de virus de Theiler, dont la souche DA, causent la maladie d&rite ci-dessus. Une souche de phenotype tres different a et& isolee. Cette souche, nommbe GDVII, causeune encephalomyelite aigue, mortelle dans la plupart des cas. Elle est incapable de persister chez lesrares survivants. Elle ne dif- f&e cependant du virus DA que par un nombre limit6 de mutations. Par ailleurs, toutes les souches de souris consanguines ne sont pas egale- ment sensibles a l’infection persis- tante et a la maladie demyelini- 143