1070
J Fr. Ophtalmol., 2007; 30, 10, 1070-1088
© 2007. Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés
F
M
C
REVUE GÉNÉRALE
Dispositifs de délivrance de principes actifs
pour des applications ophtalmologiques
J.-L. Bourges (1, 2, 3), E. Touchard (1), L. Kowalczuk (1), M. Berdugo (1), A. Thomas-Doyle (1),
A. Bochot (4), A. Gomez (1, 4), F. Azan (2), R. Gurny (5), F. Behar-Cohen (1, 2, 3)
(1) INSERM ; CRC, UMRS 872 équipe 17, Physiopathologie des maladies oculaires : innovations thérapeutiques, Paris, France.
(2) Université Paris Descartes, Faculté de Médecine, Paris, France.
(3) Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Hôpital Hôtel-Dieu, Paris, France.
(4) Université Paris-Sud, école de pharmacie, UMR CNRS 8612, Châtenay-Malabry, France
(5) School of Pharmacy, University of Geneva, CH – 1211 Geneva 4, Switzerland.
Correspondance : F. Behar-Cohen, INSERM CRC, UMRS 872 équipe 17, 15, rue de l’Ecole de Médecine, 75006 Paris, France.
E-mail : francine. behar-cohen@htd.aphp.fr
Reçu le 24 juillet 2007. Accepté le 8 octobre 2007.
Drug delivery systems for intraocular applications
J.-L. Bourges, E. Touchard, L. Kowalczuk, A. Thomas-Doyle, A. Bochot, A. Gomez,
F. Azan, F. Behar-Cohen
J. Fr. Ophtalmol., 2007; 30, 10: 1070-1088
Numerous drug delivery systems (DDSs) can be used as intraocular tools to provide a sustained
and calibrated release for a specific drug. Great progress has been made on the design, bio-
compatibility, bioavailability, and efficacy of DDSs. Although several of them are undergoing
clinical trials, a few are already on the market and could be of a routine use in clinical practice.
Moreover, miniaturization of the implants makes them less and less traumatic for the eye
tissues and some DDSs are now able to target certain cells or tissues specifically. An overview
of ocular implants with therapeutic application potentials is provided.
Key-words: Drug delivery, ocular implants, particulate drug delivery systems, nanoparticles,
microparticles, polymers, liposomes, eye, intraocular injection.
Dispositifs de délivrance de principes actifs pour des applications
ophtalmologiques
Il est possible d’utiliser en ophtalmologie une grande variété de systèmes implantables pour
délivrer localement un principe médicamenteux spécifique sur un long terme de façon pro-
gressive et contrôlée. Ces dernières années, d’importants progrès ont été réalisés dans les
connaissances et la conception des systèmes implantables notamment dans les domaines de
la biocompatibilité, la biodisponibilité et l’efficacité. Ainsi, il est désormais théoriquement pos-
sible de limiter les injections intraoculaires itératives et leurs complications. Néanmoins, bien
qu’un nombre important de ces dispositifs aient été testés in vitro et chez l’animal, peu ont
fait l’objet d’essais cliniques, et seuls quelques-uns sont commercialisés et peuvent faire partie
de notre arsenal thérapeutique courant. Pourtant, la miniaturisation de ces systèmes les rend
de moins en moins traumatisants pour l’œil, et les systèmes de délivrance particulaires sont
désormais capables de cibler précisément un type spécifique de cellule ou de tissu oculaire.
Nous décrivons ici l’ensemble de ces systèmes de délivrance médicamenteuse avec leur
composition, leur spécificité de délivrance et leurs applications.
Mots-clés : Délivrance médicamenteuse, systèmes de délivrance médicamenteuse particulaires,
nanoparticules, microparticules, polymères, liposomes, œil, injection intraoculaire.
INTRODUCTION
L’œil est un organe de choix pour
l’implantation ou l’injection d’un sys-
tème de délivrance médicamenteux
(SDM). Les structures oculaires sont
accessibles facilement et de visu.
Parallèlement, il s’agit d’un milieu
confiné et isolé de la circulation sys-
témique par les barrières hémato-
rétiniennes interne et externe qui
permettent une vraie délivrance lo-
cale de produit thérapeutique actif.
L’anatomie oculaire distingue deux
compartiments cavitaires (la cham-
bre antérieure et la cavité vitréenne)
dans lesquelles les fluides circulent et
offrent un vaste espace pour une im-
plantation. De plus, la surface des
tissues à cibler est vaste, mais leur
volume est faible. Enfin, l’œil béné-
ficie d’un statut de privilège immu-
nitaire, particulièrement étudié au
niveau de la chambre antérieure,
mais existant aussi dans l’espace
sous-rétinien, qui limite le risque de
réaction inflammatoire aux antigè-
nes étrangers et les risques de rejet
cellulaire. Cependant le ciblage mé-
dicamenteux dans l’œil par des
moyens physiques simples est inadé-
quat et inefficace, étant donné la
fragilité de la fonction visuelle. Ainsi
l’œil reste un organe pour lequel la
délivrance médicamenteuse peut
être un facteur limitant le succès
d’une stratégie thérapeutique. Le
défi des stratégies thérapeutiques
© 2021 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. - Document téléchargé le 11/12/2021 Il est interdit et illégal de diffuser ce document.