Contandriopoulos, A. P., F. Champagne, et al. (1993). "L'évaluation dans le domaine de la santé - Concepts et méthodes." Bulletin 33(1): 12-17. L’évaluation dans le domaine de la santé Concepts et méthodes Par André -Pierre Contandriopoulos, François Champagne, Jean-Louis Denis et Raynald Pineault, du Groupe de recherche interdisciplinaire en santé de l’Université de Montréal L’évaluation est une activité vieille comme le monde, banale et inhérente au processus même d’apprentissage. Mais aujourd’hui, l’évaluation est aussi un concept à la mode, aux contours flous et regroupant des réalités multiples et diverses. C’est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qu’apparaît le concept d’évaluation des programmes publics. Il est en quelque sorte le corollaire du rôle de l’État dans les domaines de l’éducation, du social, de l’emploi, de la santé, par exemple. L’État se substituant au marché, il faut trouver des moyens pour que l’allocation des ressources soit la plus efficace possible. Les économistes élaborent alors des méthodes pour apprécier les avantages et les coûts de ces programmes publics. Ce sont les pionniers de l’évaluation. Mais rapidement leurs approches se révèlent insuffisantes, en particulier lorsqu’il faut les appliquer aux programmes sociaux et à l’éducation. L’évaluation se “professionnalise” alors en adoptant une perspective interdisciplinaire et en insistant sur les aspects méthodologiques. Sur le con- tinent nord-américain, des associations comme l’American Evaluation Association ou la Canadian Evaluation Society contribuent largement à ce mouvement. C’est durant les années soixante-dix que la nécessité d’évaluer les actions sanitaires devient impérieuse. La période de mise en place des grands programmes d’assurance-maladie est terminée. Le ralentissement de la croissance économique et le rôle de l’État dans le finan- cement des services de santé rendent indispensable le contrôle des coûts du système de santé, sans pour cela qu’une accessibilité suffisante de tous à des services de qualité soit remise en question. Les décisions nécessaires pour que cette double exigence soit respectée sont particulièrement difficiles à prendre à cause du caractère très complexe du système de santé, des larges zones d’incertitude dans les relations entre les problèmes de santé et les interventions susceptibles de les résoudre, du développement très rapide des nouvelles technologies médicales et des at- tentes de plus en plus grandes de la population. Dans ce contexte, le besoin d’information sur le fonctionnement et l’efficacité du système de santé est considérable, et l’évaluation semble la meilleure façon de le combler. Dès lors, l’évaluation dans le domaine sanitaire jouit d’un prestige énorme. La plupart des pays (États-Unis, Canada, France, Australie, etc.) mettent sur pied des organismes chargés d’évaluer les nouvelles technologies. Les programmes de formation, les colloques, les séminaires, les articles, les ouvrages sur l’évaluation ne se comptent plus. Si ce foisonnement est certainement le signe d’un besoin, il est aussi le signe de la complexité du domaine. Le but de notre présentation est de proposer un cadre conceptuel qui permette d’y voir plus clair. Les définitions de l’évaluation sont très nombreuses; à la limite, on pourrait presque dire que chaque évaluateur forge la sienne. Patton (1981) décrit 132 types d’évaluation; Gephart (1981) propose de regrouper les définitions de l’évaluation en six grandes familles selon la nature de l’évaluation; Patton (1982) remarque par la suite que, dans chaque famille, le contenu des définitions varie, et il regroupe les différents contenus en six catégories. Il constate que cette grille définissant 36 types de définitions de l’évaluation ne permet de classer qu’un peu plus de 50 p. 100 des travaux d’évaluation publié. Guba et Lincoln (1990) identifient quatre phases dans l’histoire de l’évaluation. Le passage d’un stade à un autre se fait par le développement des concepts et l’accumulation des connaissances. Le premier stade est centré sur la mesure (des résultats scolaires, de