Disponible en ligne sur
www.sciencedirect.com
Médecine et maladies infectieuses 42 (2012) 126–128
Cas clinique
Céfoxitine et BLSE
Cefoxitin and ESBL
M. Boyer
a,*,c
, A. Bignon
a
, R. Dessein
b
, K. Faure
c
, B. Guery
c
, E. Kipnis
a
a
Service de réanimation chirurgicale, département d’anesthésie réanimation, hôpital Huriez, CHRU de Lille, 2, rue Michel-Polonovski, 59037 Lille, France
b
Laboratoire de bactériologie hygiène, centre de biologie-pathologie, CHRU de Lille, 59037 Lille, France
c
Pôle de médecine, service des maladies infectieuses, hôpital Huriez, CHRU de Lille, 59037 Lille, France
Rec ¸u le 17 novembre 2011 ; accepté le 12 janvier 2012
Disponible sur Internet le 16 février 2012
Mots clés : BLSE ; Céfoxitine
Keywords: ESBL; Cefoxitin
1. Introduction
La diffusion mondiale d’entérobactéries productrices de bêta-
lactamases à spectre étendu (BLSE), que ce soit dans la sphère
communautaire (Escherichia coli en particulier) ou nosocomiale
(Klebsiella pneumoniae) inquiète la communauté médicale.
Cela est associé à l’absence de perspectives de nouvelles
molécules antibiotiques efficaces et à l’apparition de carbapé-
némases ; il nous a ainsi paru intéressant de relater le cas d’une
prostatite compliquée à K. pneumoniae sécrétrice de BLSE trai-
tée avec succès par céfoxitine.
2. Cas clinique
Un patient de 75 ans a bénéficié d’une chirurgie pancréatique
lourde pour néoplasie. Il a été hospitalisé en réanimation chirur-
gicale en postopératoire de cette chirurgie à deux reprises pour
pneumonie nosocomiale. Le premier épisode était une pneu-
monie nosocomiale précoce pour lequel il a bénéficié d’une
antibiothérapie probabiliste par l’association ticarcilline-acide
clavulanique et gentamicine. Après extubation et sortie de réani-
mation, le patient a présenté un nouvel épisode de pneumonie
nosocomiale tardive nécessitant une nouvelle intubation et un
traitement par antibiothérapie large spectre associant imipénème
et gentamicine.
*
Auteur correspondant.
Adresse e-mail : mboyerbesseyre@hotmail.com (M. Boyer).
Huit jours après cette dernière antibiothérapie, le patient
était à nouveau fébrile. On relevait la présence d’une diarrhée
pour laquelle l’examen bactériologique des selles mettait en
évidence une flore digestive déséquilibrée avec prédominance
d’Enterococcus faecalis résistant aux glycopeptides (ERG), la
recherche de Clostridium difficile était négative. Le diagnostic
de bactériémie à K. pneumoniae sécrétrice de BLSE est posé
lors de la réception des hémocultures. Le bilan étiologique a
consisté en une tomodensitométrie abdominale à la recherche
d’un abcès postopératoire (négatif), du changement des cathé-
ters dès l’épisode hyperthermique et avant antibiothérapie (voie
veineuse centrale et cathéter radial) avec mise en culture (sté-
rile), d’un prélèvement trachéal (stérile) et d’un ECBU sur sonde
urinaire, positif à cette même bactérie à seuil significatif. Le
diagnostic retenu était alors celui de prostatite aiguë sur sonde
à K. pneumoniae, compliquée d’une bactériémie.
Le pathogène était rendu sensible aux carbapénèmes, aux
aminosides et à la céfoxitine.
Devant l’existence du déséquilibre majeur de la flore diges-
tive avec prédominance d’ERG, nous avons estimé qu’un
traitement par carbapénèmes comportait un risque écologique
important. Nous avons donc fait le choix de traiter l’épisode par
une association de céfoxitine 2 g × 2/j pendant trois semaines et
d’amikacine 25 mg/kg par jour pendant les cinq premiers jours.
La sonde urinaire a été changée sous traitement antibiotique.
L’évolution clinique a été satisfaisante. Un ECBU de contrôle
a été réalisé 48 heures après l’arrêt du traitement, puis à trois
semaines. Les deux prélèvements étaient stériles. Le patient est
sorti de réanimation à la fin de cette antibiothérapie. La sonde
urinaire a pu être retirée quelques jours plus tard. Il a été revu en
0399-077X/$ – see front matter © 2012 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
doi:10.1016/j.medmal.2012.01.004