Douleurs, 2006, 7, 3 135 VOTRE PRATIQUE Recommandations pour l’utilisation d’ACTIQ en pratique quotidienne Mario Di Palma (1) , Patrick Assoune (2) , François Boureau† (3) , Jean-Bernard Caillet (4) , Didier Mayeur (5) , Gérard Mick (6) , Serge Perrot (7) , Philippe Poulain (8) , Eric Serra (9) , Alain Serrie (10) INTRODUCTION ACTIQ est une forme trans-muqueuse orale du citrate de fentanyl. Le com- primé contenant le principe actif est fixé sur un bâtonnet que le patient doit frotter contre la muqueuse de la joue. Les propriétés physico-chimiques du citrate de fentanyl permettent un passage trans-muqueux rapide : ainsi 25 % de la dose sont absorbés par voie trans-muqueuse induisant un soulagement rapide débu- tant quelques minutes après le début de l’administration du médicament. Le reste est dégluti et fait l’objet d’un cycle entéro-hépatique permettant le maintien de l’effet antalgique pendant toute la durée de l’ADP. Globalement la bio-disponibilité est de l’ordre de 50 %. Cette galénique originale permet une facilité d’emploi pour le patient. Le principal bénéfice est, bien sûr, la rapidité d’action qui fait d’ACTIQ le seul médicament ayant une AMM spécifi- que pour les accès douloureux paroxystiques chez les patients recevant déjà un traitement de fond morphini- que pour des douleurs chroniques d’origine cancéreuse. 1. SÉLECTION DES PATIENTS ACTIQ est indiqué pour la prise en charge des accès dou- loureux paroxystiques (ADP) intenses, survenant chez des patients cancéreux et nécessitant une prise en charge antal- gique rapide et efficace, adaptée à l’intensité de la douleur. ACTIQ est utilisé en complément d’un traitement morphi- nique de fond à libération prolongée administré par voie orale ou transdermique. ACTIQ ne remplace pas le traitement de fond, et doit être utilisé chez des patients dont le traitement de fond a été adapté et les doses stabilisées et qui malgré cela souffrent de crises douloureuses. En pratique, on considère habituellement que le traitement de fond est adapté si les crises douloureuses sont peu nom- breuses, inférieures en moyenne à 4 par jour, et si bien sûr ce traitement est correctement toléré. L’utilisation d’ACTIQ peut être difficile dans certaines situa- tions : – patient très fatigué ne pouvant utiliser seul le bâtonnet ; – état neuropsychique ne permettant pas la collaboration indispensable du patient, en particulier lors de l’initiation du traitements ; – sécheresse buccale ou mucite sévère, ne permettant pas la fonte satisfaisante du comprimé. La rapidité d’action d’ACTIQ présente un avantage détermi- nant chez les patients pour lesquels l’accès douloureux sur- vient de façon brutale, nécessitant une réponse thérapeutique rapide. Il faut souligner que le délai d’action d’ACTIQ, lorsque le traitement est efficace, est comparable à celui d’une injec- tion intraveineuse de morphine [1]. 2. MISE EN ROUTE DU TRAITEMENT PAR ACTIQ (FIG. 1) La titration individuelle d’ACTIQ est indispensable car il n’a pas pu être mis en évidence de relation entre la dose d’opioïdes reçue par 24 heures et la dose nécessaire d’ACTIQ pour soulager une crise douloureuse. Il s’agit de déterminer la dose d’ACTIQ permettant de sou- lager un ADP de façon satisfaisante, sans effet indésirable gênant, et de façon itérative. Le soulagement attendu doit être significatif pour le patient et obtenu moins de 15 minutes après dissolution complète du comprimé, dissolution qui elle-même dure environ 15 minutes. Il faut garder à l’esprit que l’évaluation correcte de l’effi- cacité et de la sécurité d’emploi d’un traitement opioïde impose que comme tout autre produit, ACTIQ soit utilisé seul pour la prise en charge de l’ADP pour lequel il est prescrit. 1. Institut Gustave Roussy, Villejuif. 2. Hôpital Tenon, Paris. 3. Hôpital Saint-Antoine, Paris. 4. Centre Cardiovasculaire Louis Pradel, Bron. 5. Centre Hospitalier André Mignot, Versailles. 6. Hôpital neurologique Pierre Wertheimer, Lyon. 7. Hôpital Hôtel-dieu, Paris. 8. Institut Gustave Roussy, Villejuif. 9. Hôpital Nord, Amiens. 10. Hôpital Lariboisière, Paris.