Diagnostic d’une douleur de hanche
chez l’enfant
S Abuamara
J Lechevallier
JN Dacher
Résumé. – La survenue d’une douleur de la hanche chez l’enfant est un motif quotidien de consultation. La
multiplicité des diagnostics possibles nécessite une recherche étiologique soigneuse. L’examen clinique affirme
l’atteinte de la hanche ou des structures avoisinantes. Les examens complémentaires demandés en fonction
des signes cliniques et de la structure qu’on souhaite explorer (articulation, os, muscles…) sont interprétés en
fonction de l’âge de l’enfant. La douleur peut être due à une affection locale ou au contraire la manifestation
d’une pathologie générale qu’elle peut révéler. De nombreuses affections sont spécifiques de certaines
tranches d’âge. Une même pathologie peut avoir des traductions différentes selon l’âge de l’enfant.
© 2000 Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Introduction
La douleur de hanche est un symptôme très courant de consultation
orthopédique ou pédiatrique. La multiplicité des diagnostics
possibles ouvre un large champ d’investigations qui, pour ne pas
être réalisées de façon exhaustive ou systématique, doivent être
demandées en fonction de quelques informations préliminaires. En
effet, les questions que l’on se pose en priorité sont : s’agit-il d’une
pathologie traumatique, inflammatoire ou infectieuse, tumorale ou
trophique ? Pour s’orienter au mieux, le clinicien doit analyser, en
fonction de l’âge de l’enfant, les circonstances précises d’installation
du tableau clinique, la rapidité de l’évolution, ses conséquences
fonctionnelles…
De façon un peu artificielle mais traditionnelle, nous évoquerons
donc, dans un premier chapitre, les différentes étapes de la
démarche diagnostique, avant de détailler les étiologies possibles et
les grandes lignes de leur traitement.
Démarche diagnostique
La douleur de la hanche peut revêtir des aspects variables chez
l’enfant. Elle peut être projetée ou exprimée de façon imprécise,
voire longtemps négligée, ou rapportée à tort à un banal
traumatisme fréquent chez le jeune enfant. Plusieurs tableaux
cliniques peuvent être rencontrés. La première étape de la démarche
diagnostique est d’affirmer la localisation de la douleur à la hanche.
Cette affirmation passe par un interrogatoire précis et un examen
clinique minutieux dont les modalités sont différentes si l’enfant
marche ou s’il ne marche pas (refus de marche ou marche non
acquise).
Saad Abuamara : Chef de clinique associé, clinique chirurgicale infantile (professeur P Mitrofanoff).
Joël Lechevallier : Professeur des Universités, praticien hospitalier, clinique chirurgicale infantile (professeur
P Mitrofanoff).
Jean-Nicolas Dacher : Professeur des Universités, praticien hospitalier, service de radiopédiatrie (professeur
P Le Dosseur).
Hôpital d’enfants, centre hospitalier universitaire de Rouen, boulevard Gambetta, 76031 Rouen cedex,
France.
Interrogatoire
Avant l’âge de la marche, l’interrogatoire s’efforce de trouver des
signes qui évoquent la douleur de la hanche : cris et pleurs au
changement des couches ou à la mobilisation des membres
inférieurs.
Après l’âge de la marche, les signes essentiels rapportés par les
parents sont la boiterie ou le refus de la marche.
L’interrogatoire recherche le mode d’installation de ces signes, leur
ancienneté, leur évolution, leur caractère permanent ou intermittent
et les signes accompagnateurs. Chez l’enfant en âge de s’exprimer,
l’interrogatoire précise en outre l’intensité de la douleur, son
caractère diurne ou nocturne, l’existence d’un phénomène de
dérouillage matinal et le rapport de cette douleur avec l’effort ou les
activités sportives.
Il est fréquent que la douleur soit rapportée à tort à un traumatisme
si banal et quotidien chez un enfant normalement actif. Il est donc
indispensable de faire préciser si l’intensité et la topographie de la
douleur paraît en rapport avec celle du traumatisme, et de savoir si
certains signes ne préexistaient pas à celui-ci.
Examen clinique
La conduite de l’examen dépend de l’âge de l’enfant et des
symptômes qu’il présente. Dans tous les cas, cet examen clinique
nécessite une coopération de l’enfant. L’examinateur doit être
patient et surtout suivre une démarche méthodique.
Quand l’enfant est capable de marcher, l’analyse de la boiterie est
un temps essentiel, parfois difficile chez le petit enfant. La boiterie
d’esquive est le signe le plus fréquent. La marche se fait à petits pas
en raison d’une diminution de la phase d’appui monopodal sur le
membre inférieur douloureux. Il est intéressant d’observer la ligne
des épaules au cours de la marche. Une bascule de celle-ci à chaque
pas traduit le transfert du centre de gravité sur la hanche
pathologique pour réduire la charge (boiterie de Trendelenburg
inversée). Il faut garder à l’esprit qu’une boiterie ne témoigne pas
obligatoirement d’une douleur de la hanche.
L’examen se fait en décubitus dorsal et ventral. Une attitude vicieuse
du membre inférieur est notée, généralement le membre inférieur se
met en rotation externe et en adduction, voire en flessum.
Encyclopédie Médico-Chirurgicale 14-322-A-10 – 4-006-A-60
14-322-A-10
4-006-A-60
Toute référence à cet article doit porter la mention : Abuamara S, Lechevallier J et Dacher JN. Diagnostic d’une douleur de hanche chez l’enfant. Encycl Méd Chir (Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS, Paris, tous droits
réservés), Appareil locomoteur, 14-322-A-10, Pédiatrie, 4-006-A-60, 2000, 11 p.
EMC [278] 150 475