125 Le pastoralisme en sibérie occidentale : les défis qu’affrontent les éleveurs de rennes Stephan Dudeck « Si vous êtes déterminés à avoir un renne, vous irez jusqu’aux confins de Grand-mère Terre pour l’obtenir. » Jurij Vella (poète Nenets) Josif Ivanovitch était furieux. J’avais demandé quelle était la signification des courses de traîneau à rennes lors de la Journée des éleveurs de rennes dans la métropole du pétrole, Kogalym. Sa réponse était claire : «Vous croyez vraiment que nous avons mis un harnais à nos rennes seulement pour la fête des éleveurs de rennes de Kogalym? Nous, les Khanty, ne vivons pas pour ces fêtes. ». Mais le jeune Khanty a travaillé dur en vue de cette journée. Pour assurer le succès de la fête, la famille de Josif Ivanovitch a sacrifié un renne aux dieux, chez lui dans la taïga 1 . En Sibérie occidentale, les éleveurs de rennes khanty sont surtout connus comme attraction colorée dans les foires qui se tiennent dans les baraques des travailleurs du pétrole. Les gagnants du biathlon 2 , qui a lieu régulièrement dans la capitale régionale, Khanty- Mansiysk, font leur tour de la victoire dans un traîneau à rennes conduit par un jeune Khanty. Les librairies sont remplies de livres pleins d’images de Khanty heureux et satisfaits, dans leur costume traditionnel, posant à côté de leurs rennes bien nourris. Les photos sont généralement prises lors d’une des nombreuses compétitions organisées par l’État et comprennent souvent des hommes politiques locaux, ou les présidents d’une société pétrolière, se vantant d’être des sponsors, gardiens de la culture exotique et colorée des Khanty. Dans ces zones pétrolières les attitudes à l’égard des Khanty, sont généralement divisées en deux camps. Certains habitants corroborent l’image harmonieuse dépeinte dans les livres. Ils disent que les « enfants de la nature » ne seraient pas en mesure de maintenir leurs valeurs intactes et leur affinité pour la nature sans l’aide et le soutien