Le royaume rodolphien fut-il un royaume burgonde ? Laurent Ripart Université Savoie Mont-Blanc Les rois rodolphiens du royaume de Bourgogne se considéraient-ils comme les authentiques héritiers de Gondebaud et Sigismond ? Pour n’être jamais véritablement posée en ces termes, cette question est toutefois incontournable pour tous les historiens des rois rodolphiens, dès lors qu’ils les définissent comme des « rois du royaume de Bourgogne ». En utilisant pour définir ce royaume le terme de « Bourgogne », qui constitue avec « Burgondie » l’une des deux traductions françaises du latin Burgundia, les historiens le situent en effet dans l’héritage de l’ancien royaume burgonde, mais aussi dans celui du Teilreich mérovingien de Gontran que les historiens qualifient habituellement de « royaume mérovingien de Bourgogne », ou encore dans le sillon des rois bosonides que les sources qualifient aussi parfois comme de rois de la Burgundia. En ce sens, la définition du royaume rodolphien comme un « royaume de Bourgogne » tend à affirmer l’existence d’une même tradition régalienne qui relierait Gondebaud à Rodolphe III en passant par Gontran et Louis l’Aveugle. L’analyse historiographique permet de constater que si les érudits de la Renaissance ont pu se plaire à situer, de manière toutefois assez vague, les souverains rodolphiens dans la continuité des rois des Burgondes 1 , cette conception ne prit toutefois sa pleine force qu’au XVIII e siècle, lorsque les historiens commencèrent à concevoir l’histoire des terres bourguignonnes en termes de succession d’une série de « royaumes de Bourgogne ». Cette vision trouve en effet ses origines dans l’Histoire du second royaume de Bourgogne, du comté de Bourgogne sous les rois Carlovingiens, des III e et IV e royaumes de Bourgogne et des comtes de Bourgogne, Montbéliard et Neufchâtel, que François-Igance Dunod de Charnage publia en 1737 à Dijon. Soucieux d’écrire une histoire de la Franche-Comté, à la manière des histoires provinciales françaises, Dunod de Charnage avait souhaité l’enraciner dans ses origines celtiques, ce qui ne lui était possible qu’en insérant entre la Gaule et le comté de Bourgogne, « les monarchies dont il a fait partie en différens tems 2 ». A la différence de son prédécesseur Loys Gollut 3 , qui s’était plu à la fin du XVI e siècle à énumérer les rois de Bourgogne de Gundioc à Rodolphe III, comme s’il s’était agi d’une même maison royale, Dunod de Charnage s’était attaché, avec plus de sens historique, à distinguer quatre royaumes de Bourgogne, successivement fondés par Gundioc et Hilpéric, Gontran, Boson et Rodolphe. 1 V. en particulier A. DELBENE, De regno Burgundiae Transjuranae et Arelatis libri tres, Lyon, 1602. 2 Fr.-I. DUNOD DE CHARNAGE, Histoire du second royaume de Bourgogne, du comté de Bourgogne sous les rois Carlovingiens, des III e et IV e royaumes de Bourgogne et des comtes de Bourgogne, Montbéliard et Neufchâtel, Dijon, 1737, p. IV. 3 L. GOLLUT, Les mémoires historiques de la République séquanoise et des princes de la Franche-Comté de Bourgogne, 1592 ; v. P. DELSALLE, « Le comté de Bourgogne vu par Loys Gollut (1592) » dans S. LAIGNEAU- FONTAINE (éd.), “Petite patrie. L'image de la région natale chez les écrivains de la Renaissance. Actes du colloque de Dijon, mars 2012, Genève, 2013, p. 95-104.