Le petit dhomme et le monde étranger Tania Zittoun et Vittoria Cesari Un enfant, un petit dhomme, naît dune mère et dun père. De fait, il est leur rejeton; mais il faudra du temps pour quil devienne un «petit humain», un «petit Montefiori» et un petit «Italien», un «petit Rodriguo Sanchez» et un petit «Espagnol»... Lenfant doit devenir humain, cest’à’dire apprendre à voir, réagir, comprendre, communiquer comme un humain ’ être socialisé au groupe dhumains dont fait partie sa famille de naissance (ou la personne qui soccupe de lui). Cette socialisation primaire, qui détermine très profondément le rapport ultérieur de lenfant au monde, se fait par tous les interstices de la vie quotidienne. Une mère berce son enfant et lui chante une chanson dans sa langue maternelle. Elle lui prépare une nourriture parfumée des épices qui lui sont chères. Elle a des théories implicites du bébé ’ ce quil sait, ce qui est bon pour lui ’ parfois en accord, parfois en désaccord avec les théories auxquelles elle a choisi explicitement dadhérer. Baigné dans cette langue et ses parfums, en faisant ainsi lexpérience de ses expériences, lenfant développe la conscience de sa propre existence autonome sur le plan physique et psychique; au gré des échanges, son entourage lui fait une place, et lui y développe sa personnalité. Cest par lintermédiaire de ce petit groupe ’ la famille et ses proches ’ que lenfant découvre le monde: ce sont ces gens qui, selon leurs intérêts, croyances, cultures, vont le rendre sensible à tel ou tel aspect de lenvironnement, vont nommer pour lui les objets, les couleurs, les événements. Ce sont ces personnes qui vont mettre à disposition de lenfant les objets quils pensent quil doit connaître, un ballon, une poupée, un fusil de bois, qui vont choisir pour lui des opportunités de connaître des situations, en lemmenant à la mer, au parc, en lui lisant des histoires, et qui vont lui apprendre à discerner le souhaité du déconseillé, lordre de linterdit, le bien du mal ’ pour eux. Avec ses parents de sang ou de fait, lenfant va vivre des moments importants, collectifs, où tous partagent quelque chose: un repas, une fête, parfois avec ses chants, avec ses couleurs et ses significations; des loisirs, la télévision, où lenfant observe et ressent les réactions des aînés à tel événement, face à telle personne. Il apprend ainsi le rythme du temps ’ où lon dort, joue, mange; où papa est absent; où tous se retrouvent, une Iangue dans laquelle on peut séchanger des expériences, qui permet à la mère de rassurer, dexpliquer, de dés’effrayer des choses Publié dans Petite Enfance 66, 14-19, 1997 qui doit être utilisée pour toute référence à ce travail 1