1 Reconquête culturo-économique des territoires délaissés : de l’importance du temps de veille et de ses acteurs transitoires Lauren Andres Dr en urbanisme et aménagement Lecturer in Spatial Planning Centre for Urban and Regional Studies, Birmingham Business School University of Birmingham, Edgbaston, Birmingham, B15 2TT, UK L.Andres@Bham.ac.uk Chercheuse associée à l’UMR Telemme (Aix en Provence) Article publié dans Méditerranée, n°114, pp. 51-64 Introduction Les espaces délaissés dans les villes d’aujourd’hui, et, plus particulièrement, les espaces caractérisés comme friches urbaines suscitent nombre d’interrogations et de représentations car ils constituent des espaces à part dans la ville. Une des particularités des friches urbaines réside dans le fait que, outre leurs états d’abandon et de non-usage apparent, elles renvoient à une utilisation passée et laissent présager, à court, moyen et long terme, une transformation plus ou mois brutale et respectueuse de l’existant ; de manière sous-jacente, trois temps se succèdent et se confrontent au cours de la trajectoire de mutation dans laquelle ces espaces vont s’insérer : le temps de l’avant-friche (héritage et squelette en quelque sorte), celui de la friche proprement dit et enfin le temps de l’après- friche (phase de projections et de projet). Interroger la reconquête culturo-économique de ces espaces délaissés implique d’insister sur le temps de friche, c'est-à-dire sur le temps de veille, dont les caractéristiques sont développées ci-après. Ce temps de veille est propice au développement de nouveaux usages impliquant de fait des rapports paradoxaux et variables, entre les propriétaires de friches, les acteurs publics et les acteurs culturels ou économiques s’installant sur ces espaces de manière temporaire dans l’attente d’une réutilisation future, d’où leur qualificatif d’acteurs transitoires. L’intérêt d’une étude approfondie du temps de veille de la friche, des pratiques qui s’y développent et des stratégies qui y sont sous-jacentes, est une manière à mon sens d’analyser et de décrypter la mutation de ces territoires à part, qui ne sont en aucun cas des squats ; c’est aussi une façon d’insister sur la capacité de cette période à être le levier de transformations futures conduisant in fine à la réinscription des friches dans l’espace urbain. La friche est ainsi comparable à un « espace intermédiaire » (ROULLEAU BERGER, 1991 ; 1995 ; 1999), un