163 Chapitre 9 Accès au foncier, nouveaux acteurs et remise en cause des activités péri-urbaines S. Fanchette, Y. Duchère, J. Segard, Lê Văn Hùng D epuis deux décennies, l’aménagement du terri- toire vietnamien, et des territoires urbains et péri- urbains en particulier, connaît une importante diversifcation de ses acteurs et de son mode de gouvernance. À une planifcation centralisée, orchestrée par le gouvernement et mise en place par les entreprises d’État, s’est pro- gressivement substituée une planifcation décentralisée, impli- quant de nouveaux acteurs, strictement privés, ou semi-privés. Contrairement aux autres métropoles d’Asie du Sud-Est du monde capitaliste qui se sont engagées dès les années 1970 dans un processus de métropolisation et ont transformé de larges périmètres de terres agricoles en terres à bâtir, le Vietnam a créé très tardivement un réel marché foncier. La terre appartient à l’État, seul capable de changer son statut, et il attribue en usufruit selon des contrats à durée déterminée les terres aux paysans. En revanche, en Taïlande mais surtout en Indonésie, la conversion des terres en périphérie urbaine a été largement incontrôlée et a fait l’objet de spéculations foncières sur de larges espaces, à tel point que de nombreuses terres ont été acquises depuis longtemps par des promoteurs sans être utilisées (Firman, 2000). Des terres rizicoles autrefois très intensive- ment cultivées sont à l’abandon en attente d’acheteurs, les sys- tèmes d’irrigation sont laissés en l’état, représentant un énorme gâchis en infrastructures et une perte à gagner pour les paysans. Des opérations musclées pour les exproprier, parfois avec l’aide des pouvoirs publics, ont mis sur le marché de l’immobilier de grands périmètres et participent à l’expansion rapide des grandes villes comme Jakarta. De 1987 à 1997, la moitié des investisse- ments dans l’industrie, la fnance, le commerce et les services l’ont été dans la région métropolitaine de cette capitale. Dans les alentours de Hà Nội, les opérations immobilières à l’origine du changement de statut de grands périmètres de terres rizicoles commencent à prendre de l’ampleur à partir des années 2000. Entre 2000 et 2010, 11 000 ha de terres agricoles de la province de Hà Nội auraient été afectés à des projets résidentiels, industriels et routiers et auraient touché 150 000 agriculteurs. En efet, depuis 2003, les réformes foncières ont assoupli les modalités de transferts des droits d’usage des sols agricoles. Jusqu’alors dévolue à l’État, la gestion du changement de sta- tut des terres et des expropriations est dorénavant déléguée aux comités populaires des provinces pour une meilleure adaptation à l’ouverture économique et une mise en place plus rapide des projets. Ces changements ont des implications foncières très importantes dans la mesure où ils déterminent le prix des ter- rains, devenus constructibles. L’annonce d’un schéma directeur ambitieux pour la nouvelle province de Hà Nội élargie a créé une surenchère foncière depuis