RIFL (2010) 3: 12-10 (Saussure filosofo del linguaggio, 10) DOI: 10.4396/20101209 __________________________________________________________________________________ 102 Les paradoxes de l’arbitraire. Le négatif, la différence, l’opposition dans le signe saussurien. Manuel Gustavo Isaac Laboratoire HTL (UMR-CNRS 7597), Université Paris 7 - Denis Diderot mg.isaac@voila.fr opérer, en public, le démontage impie de la fiction (…) pour étaler la pièce principale ou rien. MALLARME Stéphane Remarque préliminaire.— Saussure est un linguiste d’exception. C’est évident et hors de doute. Mais il n’est « qu’ »un linguiste. Il n’est pas philosophe. Cela aussi est évident. Ce qui le trahit : l’absence de rigueur et de maîtrise dans l’emploi de ses notions spéculatives. Pour autant, sa théorie du signe doit donner à penser au philosophe. Ce texte n’est pas celui d’un exégète. Il prend simplement la doctrine du Cours pour ce qu’elle est : un texte fondateur d’une tradition linguistique au projet spéculatif. La question de sa facticité n’est pas ici à prendre en compte. Ce qui importe uniquement, c’est la productivité de sa réception ‘philosophique’ où s’est jouée, de Greimas à Derrida, la possibilité d’une sémiologisation généralisée. En réaction contre la méprise des solutions déconstructivistes au problème de l’arbitraire [Derrida, passim], il faut retourner au texte du Cours, et à sa filiation directe. Dans cet article, on cherchera à coordonner deux types de négativité qui s’y sont développées avec puissance : la définition négative du signe chez Saussure comme différentiel formel structuré par opposition à de l’altérité ; l’inscrutabilité de la matière-sens, interne à la trichotomie double (hylémorphisme bi-planaire) de la restructuration hjelmslevienne du signe 1 . Au principe du signe, il y a donc de la négativité, et cette dernière figure la conjonction de l’ordre de la forme à celui de la matière. Pour en articuler l’ambivalence, c’est-à-dire maintenir la tension d’une polarité indécidable (négatif formel / négatif substantiel), on fait intervenir le concept de « Rien », idiomatisme du français permettant de confondre l’indétermination de la chose (res) avec sa négation. Voilà pour la configuration conceptuelle au départ de ce texte. Et si on y ajoute la citation en exergue faisant s’équivaloir rien et fiction 2 , alors en résumé, cet article s’est fixé pour objectif d’élaborer une théorie de la signification comme processus performatif – le poïein de la fiction depuis le(s) 1 Le projet de cet article se réduit à la tentative d’applique l’épistémologie perspectiviste de Saussure à la formulation hylémorphiste de la dichotomie sémiotique par Hjelmslev. Dans sa réalisation, le texte se cantonne à la sémiologie de Saussure. 2 A vrai dire, et sachant que la fiction existe “ à l’exception de tout ”, expliciter le (non-)sens de la citation de Mallarmé reconduisant la fiction au rien est le principe moteur à l’origine de notre réflexion.