mirmanda 62 Deux vers saisissants. Un homme qui s’arrête quelques instants à la croisée décisive des chemins. Voici en quelques mots le résumé d’un passé traumatisant qu’il faut abolir, d’un présent fugace et douloureux, d’un avenir inconnu et menaçant. Nous ignorons la date exacte à laquelle Francesc Fontanella écrivit ces mots qui font partie du poème qui commence par “Passen edats i vides” [“Passent les âges et les vies”]. Ce pourrait être au moment de la mort sa deuxième épouse, Estàsia d’Ardena. Le poète regarde alors en arrière. Il n’y voit guère qu’une série d’échecs qui lui devient insupportable. Non pas qu’il s’agisse là du résultat d’une quelconque incapacité personnelle, bien au contraire. Francesc disposait d’un potentiel formidable: une famille appartenant à la classe dirigeante, une bonne formation, du prestige, de l’intelligence, de l’enthousiasme. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné, alors? En premier lieu, le fait de naître au mauvais moment et peut-être au pire endroit qui soit. Dans ce siècle troublé, la Catalogne en effet n’est rien d’autre qu’un espace géopolitique périphérique situé —hélas— au beau milieu des deux monarchies les plus puissantes d’Europe occidentale, alors en pleine lutte pour l’hégémonie continentale. En d’autres termes: sur une zone de frontière objet de constantes tensions. Depuis 1621, avec l’accession de Philippe IV au trône, des tensions fscales et politiques de plus en plus fortes l’opposent à la couronne espagnole. Enfn, éclate la rébellion politique contre la monarchie Francesc Fontanella, le poète alchimiste baroque Pep Valsalobre Desconec la fgura de mi mateix en mi. [Je ne reconnais pas en moi Le personnage que je suis.] NÚM. 2 2007 • Pàg. 62-76