Grain de sel nº 46-47 — mars – août 2009 18 Forum Le dossier Des systèmes de production, des enjeux, des défs… Les systèmes de collecte du lait en Afrique de l’Ouest : échec ou espoir? A près l’échec de l’industrialisation laitière en Afrique de l’Ouest, de nombreuses mini laiteries se sont déve- loppées avec plus ou moins de réussite et ont permis une meilleure valorisation de la production locale. Mais celles- ci ont besoin d’améliorer leurs dispositifs de collecte et de distribution pour être plus performantes. D    , les f- lières laitières sont une des priorités des programmes de développement de l’élevage en Afrique de l’Ouest. Pourtant, les grands projets industriels des années  et  avaient connu bien des échecs. L’émergence ré- cente de nombreux systèmes artisanaux ou semi-industriels de collecte du lait de brousse constitue un espoir pour l’élevage local. Malgré les importations de poudre (plus de la moitié de la de- mande du Sénégal en lait), la partici- pation de l’élevage laitier africain aux échanges marchands repose en grande partie sur un tissu de petites entrepri- ses de collecte et de transformation qui dynamisent le secteur. Un modèle de production intensif aux débuts difciles… Dans le do- maine de la production laitière, le modèle intensif promu dès les an- nées  a reposé sur l’augmentation de la productivité des races locales par l’amélioration génétique et les cultures fourragères. La faible productivité lai- tière des races locales était vue comme le principal facteur expliquant les bas niveaux de production du troupeau africain. Ces programmes, s’appuyant sur le modèle européen du « ménage exploitant », soufraient du manque de connaissances des structures de pro- duction en Afrique et de leur fonc- tionnement, aussi bien à l’échelon de l’exploitation agricole qu’à celui des collectivités, du village. De ce fait, le modèle de ferme laitière intensive n’a pu être mis en œuvre par des inves- tisseurs périurbains ou dans le cadre de fermes d’État. Les années , coïncidant avec l’ac- cession à l’indépendance de plusieurs nations ouest africaines, ont été mar- quées par la poursuite des politiques d’intensifcation de la production lai- tière avec pour objectif de fournir aux populations urbaines du lait de « bonne qualité sanitaire ». Cette politique pro- mue par les États et appuyée par des organismes internationaux comme le Programme alimentaire mondial des Nations Unies, la Banque mon- diale, l’Unicef, la FAO, a connu un bilan très mitigé, notamment entre  et . … avec les échecs de nombreuses tentatives d’industrialisation laitière. L’intensifcation laitière dans les pays ouest africains a été promue dans le cadre de grands projets de dévelop- pement industriel. La présence d’une industrie de collecte était censée ofrir un cadre structurant à ce modèle in- tensif. On peut citer l’Ofce du lait du Niger (Olani), l’Union laitière de Ba- mako (ULB), l’Union des coopérations laitières du Sénégal (Ucolait). Cepen- dant, ces projets destinés à stimuler la production laitière locale ont presque tous connu d’importantes difcultés de fonctionnement. Au Sénégal, par exemple, l’Union des coopérations laitières (Ucolait) a été créée en  suite aux travaux du Centre de recherche zootechnique (CRZ) de Dahra visant à intensifer la production par des croisements entre une race locale, Gobra, et des races exotiques (zébus indo-pakista- nais). Le projet, appuyé par la FAO, le Pam et l’Unicef, s’est arrêté en , du fait de la sécheresse, de la baisse de production laitière consécutive à des difcultés d’alimentation du bétail, et de problèmes de gestion. Durant les premières années d’ex- ploitation, la collecte annuelle a atteint un volume de   litres, inférieur au seuil de rentabilité de l’usine et aux objectifs de production, fxés à   litres par jour. L’usine s’est réorientée dans la transformation de la poudre de lait. Le GIE Coplait au Sénégal est un autre exemple d’échec du modèle in- tensif. Créé plus tard après le déplace- ment des bovins d’origine pakistanaise de Dahra vers la ferme expérimentale de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) de Sangalkam, où des Montbéliardes ont été importées pour mettre sur pied le Projet de dé- veloppement de la production laitière dans les Niayes, il n’a pas pu résister à la concurrence du lait en poudre importé et aux difcultés d’alimen- tation du troupeau. L’Ofce du lait du Niger (Olani) a été également créé en  par le gouvernement du Niger avec l’aide des bailleurs de fonds pour amélio- rer la santé et l’état nutritionnel des populations (femmes enceintes et enfants) à travers la consommation de produits laitiers de bonne qualité vendus à des prix accessibles. La fai- ble performance de cette entreprise a conduit, dans le cadre du programme de privatisation initié par l’État du Ni- ger, à sa cession à un groupe de privés nigériens en , puis à sa transfor- mation en société anonyme. L’Union laitière de Bamako (ULB), créée en  à Bamako avec le con- cours de l’Unicef, avait pour objectif de fournir du lait à la population de Bamako et à sa banlieue à un prix ac- cessible, de contribuer à la promotion de la production du lait local. De  à , elle a obtenu une assistance du Pam, lui permettant ainsi de ren- forcer son approvisionnement en lait local par une amélioration génétique des races bovines locales. Cependant, l’arrêt du fnancement en  a en- traîné une baisse progressive de l’ac- tivité, et en  l’ULB est privatisée, devenant Mali-Lait. Les tentatives d’intensifcation, ba- sées sur l’amélioration des races loca- les et la transformation industrielle, ont été fortement compromises par les crises climatiques, les problèmes de gestion fnancière et comptable et la concurrence des importations de poudre de lait. Un système de collecte performant au service des mini laiteries. Pendant les années , plusieurs systèmes de collecte se sont développés pour appro- visionner les mini laiteries artisanales créées dans plusieurs pays (Sénégal, Djiby Dia et Guillaume Duteurtre sont chercheurs au Bureau d’analyses macro- économiques de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra- Bame). Cécile Broutin est responsable du pôle alimentation et agriculture durables du Gret. Un guide de bonnes pratiques d’hygiène pour la transformation artisanale du lait a été élaboré de façon concertée au Sénégal et au Burkina Faso : Broutin C., Diedhiou Y. Dieng M., . Maîtrise de la qualité dans la transformation laitière : guide de bonnes pratiques d’hygiène. Dakar, Sénégal, ministère de l’Élevage, Fenafls, Dinfel, Uppral,  p. www.gret.org/ ressource/pdf/ 07686.pdf Djiby Dia ( djibydia@gmail.com), Cécile Brou- tin ( broutin@gret.org), Guillaume Duteur- tre ( duteurtre@cirad.fr)________________