Laennec invente le stéthoscope Jean-Jacques Lefrère 1,2 , Patrick Berche 3 1. Institut national de la transfusion sanguine, 75015 Paris, France 2. Laboratoire d’hématologie, centre hospitalo-universitaire d’Amiens, 80000 Amiens, France 3. Faculté de médecine Paris-Descartes, 75015 Paris, France Correspondance : Jean-Jacques Lefrère, Institut national de la transfusion sanguine, 6, rue Alexandre-Cabanel, 75015 Paris, France. jeanjacqueslefrere@orange.fr Disponible sur internet le : 13 mai 2010 Laennec invents the stethoscope Son nom est des plus célèbres parmi les médecins Français entrés dans l’Histoire, bien qu’il n’ait découvert aucun traite- ment, aucun microbe responsable d’une maladie, aucun vaccin, seulement un appareil et une méthode mais quel appareil et quelle méthode ! Car le stéthoscope et l’auscultation ont été une véritable révolution médicale dans les premières décen- nies du dix-neuvième siècle. René Théophile Hyacinthe Laennec (figures 1 et 2) est né à Quimper (la postérité gardera le premier prénom, mais, de son vivant, l’usuel sera le deuxième), le 17 février 1781, huit ans avant qu’éclate la Révolution Française. Sa lignée paternelle est une vieille dynastie d’avocats, de notaires, d’hommes de loi, dont certains ont siégé au Parlement de Bretagne. Son grand-père a été maire de Quimper de 1763 à 1765. La lignée maternelle est angevine et compte deux écrivains qui furent célèbres en leur temps : Malherbe, l’auteur de la Consolation à M. Du Perrier sur la mort de sa fille, et Fréron, dont le souvenir est lié à la méchante épigramme de Voltaire : « Un serpent piqua Jean Fréron... ». Le père, Marie-Théophile Laennec, juriste de formation, a été conseiller du roi et lieutenant de l’Amirauté à Quimper. La mère meurt en 1786, laissant trois orphelins, dont Théophile, âgé de cinq ans et demi. Marie-Théophile Laennec, endetté et peu capable de faire face à l’éducation de trois enfants en bas âge, confie ses deux aînés à son frère Michel, docteur en Sorbonne et recteur à Elliant, petite commune du Finistère. Deux ans plus tard, ce curé est nommé chanoine à Tréguier, une fonction qui n’est plus compatible avec la prise en charge de ses neveux (prêtre réfractaire, il se réfugiera peu après en Angleterre). Théophile et son frère aîné Michaud, que ce séjour dans un presbytère a familiarisés avec la langue bretonne, sont envoyés à Nantes chez leur autre oncle paternel, Guillaume, qui sera pour eux le meilleur des pères de substitution, ne faisant aucune différence à leur égard avec ses propres enfants, et c’est à lui que Théophile Laennec devra à la fois sa vocation médicale et le début de sa formation dans ce métier. Car Guillaume Laennec, médecin-chef de l’Hôtel-Dieu et recteur de l’Université de Nantes, va discerner chez son neveu, outre des dons pour les lettres et la musique, un don d’observation assez remarquable. Pour l’adolescent, cet oncle médecin et humaniste devient évidemment un modèle, auquel il va chercher à s’identifier. Le jeune Laennec fait ses études secondaires à l’Oratoire que dirige un certain père Fouché, qui fera abondamment parler de lui, lorsque, sa soutane jetée aux genets, et devenu député de la Convention, il votera la mort du roi, contribuera activement à la chute de Robespierre et deviendra ministre de la police de Napoléon I er , qui le fera duc d’Otrante. Pendant le séjour de Laennec, Nantes subit de plein fouet la guerre civile et la Terreur. Au cours de cette période, un Nantais sur huit périt fusillé, guillotiné ou noyé les fameux « mariages républicains » du terrible Carrier, mandaté par le Comité de Salut public pour mater une région insurgée contre la Révolution. Presse Med. 2010; 39: 823832 en ligne sur / on line on ß 2010 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. www.em-consulte.com/revue/lpm www.sciencedirect.com 823 Histoire de la médecine tome 39 > n87/8 > juilletaoût 2010 doi: 10.1016/j.lpm.2010.02.051