1 L’Adyādgār ī Jāmāspīg et les Ahkām ī Jāmāsp : une confusion des sources Florence SOMER École Pratique des Hautes Études En mémoire d’Alexandre Tourovets Abstract: Compilers often confuse two types of texts dedicated to Jāmāsp but of different nature. On the one hand, the versions of the Ayādgār ī Jāmāspīg also known as Jāmāspi or Jāmāsp-nāmāg that have come down to us in Pehlevi, pāzand, Gujarati and Persian. These strictly Zoroastrian texts, consist of an apocalyptic dialogue between the king Vīštāsp and the wise man Jāmāsp. On the other hand, the versions of Ahkām ī Jāmāsp which, although they also feature the king Vīštāsp and the sage Jāmāsp, deal with the history of the world according to the positive or negative confluences of the planets and conjunctions, followed by the historical prophecies of Jāmāsp according to the conjunctions of the planets, and their positions in the houses of the zodiac. Introduction La préservation de la littérature antique et tardo-antique pour des raisons religieuses est une constance orientale qui nous a permis de découvrir des textes émanant de communautés aux mœurs éloignées des nôtres et qui, pourtant, sont un maillon indispensable pour connaître les racines et le développement des religions qui forment le terreau culturel des croyants contemporains. En couchant les écrits chrétiens en langue syriaque, les moines ont préservés non seulement une connaissance et des préceptes doctrinaux mais aussi une langue florissante dans le bassin de l’Euphrate durant l’antiquité tardive qui aurait été vouée à l’extinction si elle n’avait été intimement liée à la pensée des chrétiens syriaques, qu’ils se revendiquent de l’Eglise d’Est ou d’Ouest. Le même proces sus de préservation a été opéré par les mobeds zoroastriens, particulièrement à partir du IX ème siècle de notre ère, puis de génération en génération. Alors qu’on ne pouvait faire une radicale différence entre moyen-perse et persan moderne avant le Xème/XIème siècle, le persan prendra petit à petit forme sous la graphie arabe et sera également transmis en mots en hébreux 1 . Les dignitaires religieux zoroastriens ont alors décidé de préserver leurs textes et la langue de leurs écritures. Pour l’Avesta, le texte de référence le plus ancien, ils ont conservé la langue avestique, dont l’alphabet fut inventé spécifiquement pour sa conservation à l’époque sassanide. Pour les commentaires et la littérature plus tardive, dont les souverains sassanides ont encouragé le développement et qui se sont poursuivis durant les premiers siècles postérieurs aux conquêtes arabes, ils ont gardé la langue dans laquelle ils ont été originairement rédigés. C’est ainsi que nous sommes toujours en possessions de textes qui 1 Voir Albert DE JONG, Pāzand and ʻretranscribedʼ Pahlavi, in L. Paul (ed.) Persian Origins-Early Judeo-Persian and the emergence of New Persian, Wiesbaden, 2003, pp.67-77.