CAHIERS FRANÇAIS N° 382 10 La loi de réforme du 16 décembre 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a cherché à donner un statut à des villes-métropoles. La loi du 27 janvier 2014 consacre ce statut. Désormais il existe douze métropoles. Bien qu’elles aient des statuts différents, l’article L 5217-1 du Code général des collectivités territoriales prévoit que les métropoles exerceront les compétences culturelles. On ne sait pas encore quels seront les choix orga- nisationnels qui présideront à la gestion métropolitaine de la culture. Mais si on s’en tient à ce questionnement, on aurait une idée singulièrement appauvrie du rôle culturel des villes. L’importance qu’elles ont acquise dans le déve- loppement culturel ne tient pas au nouveau dispositif juridique, la loi venant ici trop tardivement, et de manière encore confuse, consacrer une réalité complexe que l’on doit interroger depuis plusieurs perspectives. En effet, problématiser ce rôle des grandes villes comme « centres de commandement culturel » suppose d’abord d’établir une relation entre trois mouvements emmêlés (1) . Celui de la dynamique interne des politiques culturelles qui voient le système de coopération entre l’État et les autres collectivités territoriales progressivement polarisé par les villes. Celui de la mondialisation qui instaure les villes comme acteurs d’une compétition internationale dans le même temps que le statut tradi- tionnel de l’État-Nation semble fragilisé. Celui, enfn, de l’extraordinaire expansion de l’offre et de la demande culturelle qui échappe à toute régulation nationale mais s’exprime dans les villes sous la forme de la diversité culturelle. On verra ensuite comment cette gouver- nance métropolitaine encore en gestation rencontre des stratégies de politiques culturelles telles qu’elles sont développées dans les grandes villes du monde (2) . Les villes françaises hésitent elles aussi à fonder leur politique culturelle sur la créativité, la participation ou l’interculturalité, ou sur une plus subtile association de ces trois principes de légitimation. LA MÉTROPOLISATION DE LA CULTURE Guy Saez CNRS, PACTE, F-38000 Grenoble Les villes les plus importantes occupent une place majeure dans le développement culturel et leur gouvernance participe de trois dynamiques : l’accroissement très fort du budget des métropoles consacré à la culture ; le rôle de celle-ci dans le positionnement des capitales régionales au sein de la compétition internationale et son association à d’autres champs de l’action publique ; l’emmêlement des univers culturels dans les grandes cités. Guy Saez observe trois stratégies dans la gouvernance métropolitaine : celle de la ville créative préoccupée par son rayonnement, soucieuse d’étonner, misant sur l’architecture, attractive envers les nouveaux emplois et les cadres supérieurs ; celle de la ville partici- pative attachée à accroître le capital social du plus grand nombre, promouvant le vivre ensemble, s’appuyant sur les associations, les réseaux sociaux ; celle de la ville globale attentive à la reconnaissance des différences, ouverte sur la mondialisation, mettant en œuvre des politiques interculturelles. C. F.