●●● Ses usages et leurs significations questionnées Page | 212 Interroger au Bénin les usages populaires d’un médicament abortif, le misoprostol Inès Boko 1 et Carine Baxerres 2 . 1. Étudiante en Master II de sociologie du développement, UAC – Université d’Abomey-Calavi, IRD – Institut de Recherche pour le Développement (MERIT), CERPAGE – Centre d’études et de recherche sur le paludisme associé à la grossesse et à l’enfance. 2. Chargée de recherche, IRD – Institut de Recherche pour le Développement (MERIT), CERPAGE – Centre d’études et de recherche sur le paludisme associé à la grossesse et à l’enfance. Au Bénin, la prévalence de la contraception dite « moderne » est très faible (09 % – EDS 2011-2012), pourtant la fécondité par femme est relativement maîtrisée (4,9) surtout à Cotonou (3,6). Ce rapport est étonnant si on le compare à d’autres capi- tales Ouest-africaines comme Ouagadougou où l’indice synthétique de fécondité pour une femme est à peu près le même (3,4 – EDS 2010) mais où la prévalence contraceptive « moderne » est plus de 2,5 fois plus élevée, 32,6 % à Ouagadougou contre 12,5 % à Cotonou. Se pose donc la question de l’avortement volontaire dont l’accès légal est très restrictif. Au Bénin, l’avortement est seulement autorisé dans les cas où la santé de la mère ou du futur enfant est menacée, en cas de viol ou d’in- ceste. Au-delà des nombreuses méthodes plus ou moins agressives et encadrées ou non par divers types de professionnels, un médicament – le misoprostol – est décrit dans la littérature comme étant utilisé en automédication comme abortif depuis les années 1990 dans certaines régions du monde, telles que l’Amérique Latine et les Caraïbes (Guillaume & Lerner, 2007 ; Prada, Singh & Villarreal, 2012). Il a permis selon plusieurs experts de faire baisser sensiblement la mortalité maternelle dont une bonne part est due à la pratique des avortements à risque (Harper et al., 2007 ; Shah & Ǻhman, 2010 ; Singh, Monteiro & Levin, 2012). En Afrique de l’Ouest, ces avortements à risque représentent 12 % des causes de mortalité maternelle (Ǻhman & Shah, 2011) et nous disposons de peu d’information sur les usages du misoprostol dans cette région. Qu’en est-il alors de l’utilisation de ce médicament à Cotonou ? Est-il facilement accessible ? Est-il utilisé, en automédication ou non, par les Actes des Rencontres Nord/Sud de l'automédication et de ses déterminants ● 2015