tiré de Émancipation et philosophie (Montréal, Les Cahiers d'Ithaque), p. 5570 Handle : 1866/19903 La laideur : émancipation conceptuelle Gabriel Toupin * Résumé Cette présentation explore l’émancipation graduelle de la laideur comme élément artistique et esthétique. Dans la tradition néoplatonicienne, la laideur est carrément associée au non-être et au mal, rapport éthique et ontologique duquel elle tardera à s’émanciper lorsqu’on la compare avec son « envers », la beauté. Longtemps en décalage avec l’art en tant que tel, la philosophie échoue longtemps (et parfois encore aujourd’hui) à reconnaître l’autonomie et la positivité du laid, alors qu’il est bel et bien présent depuis la naissance de l’art en occident et ailleurs. Cette discussion de l’autonomie et de la valeur esthétique du laid nous mènerons donc à mesurer les conséquences de cette émancipation dans la compréhension de ce concept. On peut commencer en se demandant : pourquoi parlerait-on d’émancipation en ce qui concerne quelque chose comme la laideur ? En quoi un qualificatif de l’ordre esthétique serait-il propice à quelque chose comme une démarche émancipatrice ? Pourquoi la laideur s’émanciperait-elle, pourquoi doit-elle le faire et comment ? Bien sûr, on ne s’émancipe jamais tout court ; on s’émancipe de quelque chose. J’aimerais postuler l’hypothèse selon laquelle la laideur s’émancipe – dans le contexte de l’art en particulier – non pas des artistes ou de l’art, mais de la philosophie de l’art. Il s’agit de rendre compte du décalage entre l’art – qui depuis toujours intègre la laideur – et la philosophie de l’art, qui longtemps va nier jusqu’à l’existence même du laid, de différentes manières, mais toujours selon le même schème de compréhension essentiellement hérité du néoplatonisme. ______________ * L’auteur est doctorant en philosophie (Université de Montréal).