L’Encéphale, 2005 ; 31 : 449-55, cahier 1 449 MÉMOIRE ORIGINAL MÉMOIRE ORIGINAL Annonce du diagnostic de schizophrénie au sein d’un service de psychiatrie de secteur J.-F. ROCAMORA, R. BENADHIRA, G. SABA, L. STAMATADIS, K. KALALAOU, G. DUMORTIER, M. PLAZE, B. AUBRIOT-DELMAS, J. GLIKMAN, D. JANUEL (1) (1) Secteur G03 EPS de Ville-Évrard, Hôpital Romain-Rolland, 930 (1) S t G03 EPS d Vill É d Hô it lR i R ll d 93000 Saint-Denis. 00S i t D i Travail reçu le 14 mars 2003 et accepté le 9 juillet 2004. Tirés à part : J.-F. Rocamora (à l’adresse ci-dessus). Résumé. L’annonce du diagnostic de schizophrénie aux patients atteints de cette maladie est en France un sujet d’actualité. L’évolution des pratiques cliniques, une meilleure efficacité des moyens thérapeutiques et un droit à l’informa- tion plus exigeant des patients en sont les principaux facteurs. En effet, si cette annonce est de pratique courante dans les pays anglo-saxons, et notamment aux États-Unis où la légis- lation influence de façon prédominante l’information faite au malade, les médecins français se montrent réticents sur l’intérêt d’une telle annonce. La schizophrénie demeure une pathologie hétérogène marquée par un polymorphisme cli- nique. Le pronostic reste néanmoins classiquement réservé, avec une évolution le plus souvent synonyme de chronicité. Le caractère potentiellement déficitaire de l’évolution classe cette affection parmi les troubles psychiatriques les plus inva- lidants. La revue de la littérature à ce sujet est pauvre con- cernant les études méthodologiques et peu de données ont jusqu’ici été publiées en France sur le niveau d’information des patients schizophrènes et leurs besoins en ce domaine, à l’exception de l’enquête de Baylé et al. (4). La littérature est essentiellement constituée de réflexions sur les aspects médico-légaux et législatifs ainsi que d’enquêtes auprès de confrères médecins sur l’annonce diagnostique. En se basant sur ces données et notre expérience clinique, nous avons institué dans notre service un protocole d’information au sujet de la schizophrénie. Cette procédure se déroule en 3 phases sur une période d’un mois, en accord avec le désir du patient d’être informé sur sa maladie. Les aspects clini- ques, étiologiques et thérapeutiques de la maladie sont abor- dés au cours de cette procédure. L’amélioration clinique constatée notamment aux scores des échelles d’évaluation (BPRS et CGI et les scores aux échelles EVA infirmiers) ne peut bien entendu être imputée à la procédure d’information du diagnostic, les patients ayant bénéficié d’un traitement antipsychotique pendant leur hospitalisation. L’observance aux traitements sur la durée de 2 ans est également assez satisfaisante. Cette procédure, élaborée sous forme d’entre- tiens semi-structurés regroupés en un cahier « d’annonce diagnostique » mis à la disposition des médecins et de l’équipe, a probablement aidé les soignants à donner l’infor- mation dans un cadre préétabli. De plus, il a été proposé aux patients ayant bénéficié de l’annonce diagnostique de parti- ciper à 2 groupes de psychoéducation sur la maladie et les médicaments. Les familles des patients ayant connaissance du diagnostic, pouvaient participer à un groupe spécifique dont le but est la connaissance de la maladie et d’améliorer les communications entre la famille et le malade. Bien que ces premières observations constatées au cours de cette pro- cédure d’annonce soient encourageantes, elles nécessitent d’être confirmées par l’élargissement du nombre de patients concernés et au long cours. La plupart des auteurs soulignent l’intérêt d’une annonce diagnostique au cours des 2 premiè- res années de la maladie, afin d’améliorer le pronostic et en raison de meilleures capacités d’insight. Aussi a-t-il été mis en place dans notre service un suivi sur 2 ans des patients ayant bénéficié de cette annonce pour évaluer à long terme le bénéfice ou non de l’annonce diagnostique sur la com- pliance et la qualité de vie de ces patients. Cette démarche présente plusieurs intérêts : elle répond à une éthique de l’information, elle permet une compréhension de la maladie. L’annonce diagnostique s’inscrit sur le mode du partenariat, dans un processus dynamique et psychoéducatif où le patient et son entourage sont des partenaires éclairés. Mots clés : Annonce du diagnostic ; Psychoéducation ; Schizo- phrénie. Schizophrenia diagnostic announcement in a french psychiatric unit Summary. Announcement of schizophrenia diagnostic to the patients is a topical issue in France. The evolution in clinical practices, a better efficiency in therapeutic procedures and the fundamental right of the patient to obtain information have initialised the discussion of its interest. Spontaneous claim for information from the patient is rarely observed (1) although awareness troubles might be reported at the instauration of