Anesthésie pour Chirurgie Non Cardiaque chez le Patient Adulte Porteur d’une Cardiopathie Congénitale Maxime Cannesson Service d’Anesthésie Réanimation Hôpital Cardiovasculaire et Pneumologique Louis Pradel 28, avenue du Doyen Lépine 69500 LYON-BRON 1. INTRODUCTION Les malformations cardiaques congénitales se rencontrent chez près de 0,8 % des naissances et sont l’une des malformations congénitales les plus fréquentes[1]. Avant l’avènement de la chirurgie cardiaque néonatale et pédiatrique, les chances de survie jusqu’à l’âge adulte ne dépassaient pas les 20 %[2]. Aujourd’hui, plus de 85 % des enfants qui naissent avec une cardiopathie congénitale vont atteindre l’âge adulte. Les survies à 15 ans des patients porteurs de cardiopathies congénitales simples ou complexes sont de 95 % et 80 % respectivement et la moitié des patients présentant une cardiopathie complexe a plus de 25 ans[1, 3]. Enfin, on estime que la croissance annuelle de cette population est de l’ordre de 5 % [4]. On comprend donc aisément que nous serons de plus en plus souvent confrontés à ce type de patients dans le cadre de la prise en charge anesthésique pour chirurgie non cardiaque, et en particulier en obstétrique. Cette prise en charge va donc devoir être codifiée en raison de la complexité que représente la compréhension de cette physiopathologie très particulière et en raison du rôle central que joue l’anesthésiste réanimateur dans la filière médico-chirurgicale[5]. La nature des problèmes cardiaques sous-jacents est très différente de celle rencontrée dans les cardiopathies congénitales du nouveau-né ou du nourrisson. Un grand nombre de ces patients va nécessiter un suivi cardiologique à vie en raison du fait que la chirurgie réalisée dans l’enfance était palliative et non correctrice. De manière générale ces adultes porteurs de cardiopathies congénitales sont répartis en trois grandes catégories : 1) les patients qui ont bénéficié d’une chirurgie cardiaque réparatrice dans l’enfance 2) les patients chez qui la chirurgie réalisée dans l’enfance était une chirurgie palliative 3) les patients chez qui ni la chirurgie réparatrice, ni la chirurgie palliative n’ont été réalisées Ce dernier groupe de patients peut se rencontrer dans de nombreuses situations. Il existe encore des patients chez lesquels le diagnostic n’a pas été posé avant l’âge adulte (on pense en particulier à la communication inter- auriculaire (CIA) ou à la coarctation de l’aorte (CoA). Les patients chez qui les circulations systémiques et pulmonaires sont équilibrées peuvent rester asymptomatiques jusqu’à ce que cette balance entre les deux circulations soit perturbée. A côté de ces patients on retrouve les patients qui auront été jugés inopérables dans l’enfance ou encore les patients en provenance de pays ne disposant pas des plateaux techniques nécessaires à la chirurgie cardiaque néonatale et pédiatrique. Ce groupe de patients non opérés représente probablement le groupe le plus difficile à prendre en charge dans notre spécialité. En effet, ces patients sont soumis à l’hypoxie chronique ainsi qu’à des modifications du débit sanguin pulmonaire entraînant le plus souvent des variations physiologiques majeures. La chirurgie cardiaque pédiatrique a été véritablement bouleversée au cours des 50 dernières années. Certaines interventions palliatives ont été abandonnées, d’autres sont apparues avec 1