Archiv für Rechts- und Sozialphilosophie, 102, 2016/3, 441–454 Thomas Berns Du Sacer au Sanctus : contre Agamben à partir du droit romain Abstract : Beside the notion of sacer, Roman Law defned another specifc feld related to the notion of sanctus - a feld which is as essential and ambivalent than the former. In this article, I will show 1) that the res sanctae, unlike the sacred, pave the way for Right and are indiferent to the « bare life »; 2) that the focus of contemporary philosophy, and especially of Agamben, on the sacred, forgets the specifcally legal dimension of the Sovereignty Question. Keywords: Political Philosophy, Sovereignty, Sacred, Roman Law, Sanctus, Right, Giorgio Agamben, Yan Tomas, Michel Foucault, Bare Life Dans ce texte, j’entends critiquer le plus globalement la référence à la notion de vie nue telle que produite par la pensée d’Agamben. On pourrait aussi exprimer cete cri- tique, de manière plus nuancée, en considérant qu’elle entend dénoncer le fait de pro- duire, sur une base prétendument foucaldienne, une théorie générale du pouvoir (en fusionnant en quelque sorte Foucault et ce que Foucault tente de prendre à contre- pieds). Enfn, troisième manière de dire la même chose, ma critique portera sur la mé- compréhension du champ juridique, et de l’importance de ce champ dans la pensée romaine, induite par le choix posé par Agamben, de privilégier la question du sacer, laquelle établit le lien de la politique à la vie nue. En efet la notion de sacer trouve sa défnition essentiellement dans le domaine du droit, mais elle y est défnie, comme je le montrerai amplement, en la distinguant en droit – et le droit est tout entier ce travail de distinction subtile – de la notion de sanc- tus. Or il se fait que la notion de sanctus est, dans le champ du droit, bien plus riche, bien plus prometeuse, bien plus juridique, bien plus romaine, que celle du sacer. Le déplacement que j’entends ainsi produire du sacer au sanctus n’est donc à première vue que qualitatif : il y aurait plus à gagner à se concentrer sur la seconde notion plutôt que sur la première, sans annuler dès lors la totalité de l’entreprise agambenienne. Toute- fois, j’espère de la sorte nouer un dialogue avec cete pensée exigeante, laisser entre- voir la difculté qu’il y a à nouer un tel dialogue, indiquer les choix que cete pensée suppose, et rendre manifeste ce qu’elle laisse de côté, ce qu’elle empêche de penser, bref, et a contrario, ce dans quoi elle risque d’enfermer. Pour ce faire, je commencerai par rapidement retracer, et de manière inévitablement caricaturale ce à quoi nous in- vite la pensée d’Agamben en se concentrant sur la notion de sacer. Ensuite, et ce sera l’essentiel de l’apport de ce texte, je montrerai ce que nous invite à penser la notion de sanctus dans les textes du droit romain. Enfn, je tenterai de tirer quelques conclusions This material is under copyright. Any use outside of the narrow boundaries of copyright law is illegal and may be prosecuted. This applies in particular to copies, translations, microfilming as well as storage and processing in electronic systems. © Franz Steiner Verlag, Stuttgart 2016