— 103 — Chapitre 1 L’étude des politiques d’immigration et d’intégration des immigrés dans les sciences sociales en Belgique francophone Andrea REA (GERME-ULB) Selon une tradition bien ancrée, les études sociologiques ont davan- tage porté sur les immigrés que sur l’immigration. Reflétant aussi une préoccupation de sens commun et une demande sociale soucieuse d’identifier les problèmes sociaux (scolarité, emploi, délinquance, etc.) et les réponses politiques, les travaux de l’immédiat après-guerre s’intéressent plus à dresser une sociologie de l’immigré qu’une socio- logie de l’immigration, tel que le rapporte une synthèse des principa- les recherches établie par Dassetto (1993). L’étude des acteurs, surtout les immigrés, et quasi pas les nationaux et leurs institutions, a été privilégiée par rapport à celle du processus migratoire. Dès lors qu’est acceptée une distinction très classique entre l’immigration et l’intégra- tion (Rea et Tripier, 2003), il est possible de présenter distinctement les recherches ayant porté d’une part, sur le processus de mobilité géo- graphique et économique et, d’autre part, le processus d’installation et d’incorporation sociale, culturelle et politique. Les travaux relatifs à la politique d’immigration et d’intégration se sont construits parallè- lement au développement de la politique migratoire elle-même, bien qu’avec un certain décalage temporel. Ceci tient, notamment, à l’at- tribution d’une appréciation négative à l’objet lui-même et à ceux qui l’étudiaient. L’immigration considérée comme un sujet mineur – la pe- titesse de l’objet étant à chercher en regard de la noblesse de l’étude des classes sociales par exemple (et tout particulièrement de la classe ouvrière) – a fait peu l’objet de commandes publiques et a été peu 001-Etat des savoirs.indd 103 12/10/06 17:31:48