Fistules artérioveineuses durales
intracrâniennes
E. Houdart
J.-P. Saint-Maurice
R. Chapot
J.-J. Merland
Résumé. – Les fistules artérioveineuses durales intracrâniennes sont définies comme des communications
artérioveineuses siégeant dans l’épaisseur de la dure-mère du crâne, principalement en regard d’un sinus
dural. Elles représentent environ 15 % de toutes les anomalies artérioveineuses intracrâniennes. Elles sont
vascularisées par des artères durales issues le plus souvent des artères carotides externes. Elles se révèlent
chez l’adulte après la quatrième décennie et sont considérées comme des lésions acquises. Le diagnostic peut
être fait devant des signes relativement bénins : acouphène pulsatile pour les fistules du sinus latéral,
chémosis et diplopie pour celles du sinus caverneux. Le diagnostic peut être fait devant une complication
neurologique centrale : hypertension intracrânienne, hémorragie cérébroméningée, myélopathie ou tableau
démentiel. Le risque neurologique d’une fistule durale est lié à son type de drainage veineux : la fistule est
sans risque lorsque son drainage emprunte un sinus qui rejoint librement la veine jugulaire homolatérale alors
qu’un risque d’atteinte neurologique apparaît lorsque son drainage reflue dans un autre sinus ou dans une
veine leptoméningée. L’artériographie cérébrale reste souvent nécessaire pour faire le diagnostic. Le
traitement est le plus souvent endovasculaire.
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Mots-clés : Fistule artérioveineuse; Dure-mère, Embolisation
Introduction
Les fistules artérioveineuses durales (FAVD) ou fistules durales
intracrâniennes sont constituées de communications
artérioveineuses siégeant dans l’épaisseur de la dure-mère du crâne.
Elles peuvent être rencontrées en tout point de la dure-mère mais la
plupart siègent sur la dure-mère d’un sinus. Dans la population
caucasienne, le sinus latéral est le plus fréquemment atteint suivi du
sinus caverneux. Si l’on excepte les rares fistules durales de l’enfant,
ces lésions se développent à l’âge adulte à partir de la quatrième
décennie. Leur étiologie est inconnue mais, dans certain cas, il a pu
être établi un lien avec un antécédent de thrombose sinusienne. Le
pronostic neurologique des FAVD dépend de leur drainage veineux
étudié par l’angiographie cérébrale.
Généralités
PHYSIOPATHOLOGIE
La contamination des sinus ou des veines par du sang artérialisé,
conséquence directe des communications artérioveineuses, explique
toutes les manifestations cliniques des FAVD. Une fistule à débit
élevé s’accompagne, dans la zone de communications, de
turbulences à l’origine d’un souffle qui peut être audible à
l’auscultation crânienne. Si la fistule siège à proximité de l’oreille
interne, cas des fistules du sinus latéral, du sinus marginal et des
sinus pétreux, ce souffle est perçu par le patient et constitue souvent
le motif de consultation.
Lorsque les voies de drainage du sinus vers la veine jugulaire
interne sont compromises par une thrombose ou une sténose, le sang
reflue dans un sinus adjacent ou dans une veine qui s’abouche dans
le sinus et qui circule alors à contre-courant. S’il s’agit d’une veine
leptoméningée, ce reflux entraîne une augmentation de pression
dans cette veine, qui peut avoir deux conséquences. D’une part, une
diminution du gradient artérioveineux parenchymateux et donc une
« ischémie chronique » d’origine veineuse et, d’autre part, un risque
de rupture de la veine à l’origine d’une hémorragie intradurale. La
fistule qui est anatomiquement contenue dans la dure-mère,
membrane très résistante et extraparenchymateuse, devient par
l’intermédiaire de son drainage veineux leptoméningé une lésion
vasculaire intradurale. Cette physiopathologie, maintenant bien
établie, est à l’origine de la classification de Merland et Djindjian
[1]
que nous allons détailler.
CLASSIFICATION PRONOSTIQUE DES FAVD
Quel que soit son siège sur la dure-mère, le pronostic d’une fistule
durale dépend de son drainage veineux. Eu égard à leur fréquence,
nous prenons comme exemple les fistules du sinus latéral.
– Type I (Fig. 1) : le drainage fistuleux se fait dans le sinus puis
exclusivement dans la veine jugulaire interne homolatérale. Il
n’existe aucun risque neurologique.
– Type IIa : le drainage fistuleux se fait dans le sinus mais, soit du
fait d’un débit trop important de la fistule, soit du fait d’une sténose
ou d’une thrombose sinusienne associée, il se produit un reflux dans
un autre sinus intracrânien : sinus latéral controlatéral, sinus droit,
sinus longitudinal supérieur. La conséquence peut être une
augmentation de la pression veineuse dans le sinus longitudinal
supérieur et finalement une augmentation de la pression
intracrânienne.
– Type IIb (Fig. 2) : le drainage veineux se fait dans le sinus mais,
pour les même raisons que précédemment, le sang reflue cette fois
dans des veines leptoméningées. Il existe un risque d’hémorragie
cérébrale ou d’infarctus veineux.
E. Houdart (Praticien hospitalier)
Adresse e-mail: emmanuel.houdart@lrb.ap-hop-paris.fr
J.-P. Saint-Maurice (Chef de clinique-assistant des Hôpitaux)
R. Chapot (Praticien hospitalier)
J.-J. Merland (Professeur des Universités, praticien hospitalier)
Service de neuroradiologie et d’angiographie thérapeutique, hôpital Lariboisière, 2, rue Ambroise-Paré,
75475 Paris cedex 10, France.
Encyclopédie Médico-Chirurgicale 17-490-B-15 (2004)
17-490-B-15