savoir/agir 149 Actualité Surmortalité en quartiers populaires Des quartiers ouvriers aux quartiers populaires : un effet des rapports de classe t raiter des quartiers populaires revient à traiter des transforma- tions qu’a connues et subies la classe ouvrière. L’analyse historique s’impose. Très schématiquement sans doute on pourrait y voir les effets de deux conjonctures politiques : l’une dans laquelle une forte présence du parti communiste, après 1945, a permis de consolider et d’étendre les acquis des grèves de 1936 et de réaliser, par- tiellement, le programme du Conseil National de la Résistance dont les effets positifs sur la vie quotidienne s’exerceront bien après le retournement libéral 1 , l’autre qui, depuis quarante ans environ, s’efforce de défaire les ins- titutions de cet État social qui avaient permis d’améliorer la vie des salarié.e.s et, ainsi, n’hésite pas à offrir au capi- talisme « une armée de réserve indus- trielle » de chômeurs, chômeuses, qui contribue à la baisse des salaires. 1. 1945, à l’initiative d’Ambroise Croizat : création de la sécurité sociale, création des comités d’entreprise, ordonnance sur l’âge de départ à la retraite (60 ans) ; 1946 : reconnaissance constitutionnelle du droit de grève, création du statut de la fonction publique, création de l’allocation maternité et de l’allocation salaire unique, arrêtés Parodi- Croizat sur les salaires, création des centres régionaux d’art dramatique ; 1948 : création des maisons des jeunes… Ces deux périodes structurent la vie des quartiers populaires. Ces habitats rassemblaient, avant 1970 environ, des populations ouvrières en majorité nationales auxquelles étaient venues s’agréger des populations immigrées, fréquemment d’origine portugaise, espagnole et algérienne 2 . Avec la délo- calisation des entreprises et la désin- dustrialisation, avec des politiques urbaines ayant comme objectifs de devenir des villes administratives de cadres supérieurs et des villes touris- tiques renommées, et, surtout, avec la politique de crédit pour la construc- tion individuelle de pavillons qui a contribué à vider ces quartiers de leur composante d’ouvriers qualifiés et d’employé.e.s, le caractère de « classe ouvrière » de ces zones d’habitat s’est 2. Dans le quartier de la Meinau, à Strasbourg, habitaient des ouvriers et des employés qui travaillaient à proximité dans la « plaine des bouchers » où étaient localisées de nombreuses entreprises. Christian De Montlibert (avec l’aimable autorisation de la Fondation Copernic)