Forum Med Suisse 2011;11(15):268–272 268 curriculum Somnolence diurne: que faire après exclusion d’un syndrome d’apnées du sommeil? José Haba-Rubio, Raphael Heinzer Service de pneumologie, Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil (CIRS), CHUV, Lausanne Introduction Si votre patient s’endort involontairement dans votre salle d’attente, en lisant le journal, ou pire encore au volant de sa voiture, vous devriez vous intéresser à son sommeil et rechercher la cause de sa somnolence. Les patients somnolents ne rapporteront pas toujours spon- tanément cette plainte car si la somnolence se déve- loppe progressivement sur plusieurs années, le patient ne réalisera pas toujours son caractère pathologique. Dans notre société, la somnolence diurne a encore ten- dance à être banalisée et attribuée en premier lieu à un problème de style de vie. Ce n’est que depuis quelques dizaines d’années que l’on réalise le handicap profes- sionnel et social que ce problème peut engendrer pour nos patients et ses conséquences sur le risque d’acci- dents de la route ou professionnels. Dans la population générale, la présence quotidienne d’une somnolence diurne subjective est estimée à envi- ron 7% des hommes et 11% des femmes d’âge moyen dans une étude scandinave portant sur plus de 11 000 sujets [1]. Une autre étude québécoise à trouvé une pré- valence de 5,5% de somnolence sévère et 15,2% de somnolence modérée dans une population générale de plus de 15 ans [2]. Si l’on mesure objectivement la som- nolence diurne par un test de latence au sommeil (voir ci-dessous) dans une population américaine âgée de 30 à 60 ans, on trouve une somnolence diurne patholo- gique chez 25% d’entre eux avec un endormissement moyen en moins de 5 minutes à 5 moments différents de la journée [3]. La somnolence diurne excessive peut se définir comme une tendance à s’endormir de manière involontaire pendant la journée. Elle doit être distinguée de la fati- gue physique secondaire à une maladie cardiorespira- toire, ou endocrinienne par exemple [4]. Il faut aussi faire la différence entre la somnolence et l’asthénie ou la clinophilie que l’on peut trouver dans la dépression. Dans ce cas, le patient ressentira une forte fatigue et une forte envie de se coucher (clinophilie), mais ne par- viendra pas à réellement s’endormir pendant la jour- née. Une anamnèse précise et parfois des tests objectifs de latence au sommeil sont nécessaires pour bien iden- tifier et surtout quantifier la somnolence. Les causes de somnolence peuvent être diverses. On peut les classer en différentes catégories: les somno- lences induites, primaires et secondaires (tab. 1 p). Dans les hypersomnies primaires, on trouve en pre- mière place les apnées du sommeil qui ont fait l’objet d’un article précédant dans Forum [5] et qui ne seront pas abordées dans cette revue. De même, la somno- lence secondaire aux maladies psychiatriques ou in- fectieuses serait un sujet trop vaste pour être traité dans cette revue. Nous allons par contre aborder les moyens d’évaluation de la somnolence de même que ses causes neurologique primaires, le syndrome de hautes résistances des voies aériennes, le syndrome de manque chronique de sommeil, les troubles moteurs pendant le sommeil ainsi que les troubles de l’horloge interne. Moyens d’évaluations objectifs et subjectifs Nous ne disposons pas d’un marqueur biologique indis- cutable de la somnolence. C’est pour cela que toute une série de méthodes de mesure ont été développées pour la quantifier. Celles-ci permettent de définir une valeur «normale» chez des sujets indemnes de pathologies du sommeil, et de définir comme «anormale» toute valeur qui s’écarte de la normale (définie au sens statistique par moyenne 8 2 écart-type). Parmi les échelles de me- sure de la somnolence, l’une des plus utilisées est l’échelle de somnolence d’Epworth (Epworth Slee- piness Scale, ESS) [6]. L’ESS repose sur le postulat que la fréquence (ou la probabilité) avec laquelle le sujet s’endort (dans des situations standardisées) reflète sa propension au sommeil. Elle demande au sujet d’éva- Vous trouverez les questions à choix multiple concernant cet article à la page 266 ou sur Internet sous www.smf-cme.ch. José Haba-Rubio Les auteurs certifient qu’aucun conflit d’intérêt n’est lié à cet article. Quintessence P A l’exception du syndrome d’apnées du sommeil, les différentes causes de somnolence diurne restent très peu connues dans le monde médical. P La somnolence diurne engendre un handicap socioprofessionnel important et augmente drastiquement le risque d’accidents de la route ou professionnels. P La somnolence diurne doit être clairement distinguée de l’asthénie liée à la dépression et de la fatigue physique qui n’entrainent pas de réels assoupissements diurnes. P En l’absence d’apnées du sommeil détectées à la polygraphie respira- toire, d’autres causes doivent être recherchées comme un syndrome de hautes résistances des voies aériennes, une hypersomnie neurologique, un manque de sommeil, un trouble de l’horloge interne ou des mouve- ments des membres pendant le sommeil. P Quelle que soit l’origine de la somnolence, il existe dans tous les cas un moyen d’améliorer la vigilance du patient.