De ´ bat Entre la volonte ´ de prote ´ ger et la re ´ alite ´. A ` propos de l’article de L. Poenaru « Inconscient digital, excitation des limites, e ´ cran be ˆta » Between the will to protect and reality. About L. Poenaru’s article ‘‘Digital unconscious, excitation of limits, beta screen’’ S. Pietruczynik a, *, A. Blanc b,c,d a 69007 Lyon, France b Universite ´ de Paris, PCPP, 92100 Boulogne-Billancourt, France c Centre de formation Saint-Honore ´, 75019 Paris, France d GHU Paris, psychiatrie & neurosciences, 75674 Paris, cedex 14, France‘ « Nous voyons comment, depuis le champ social, cette primaute ´ de la pre ´ sentation sur la repre ´ sentation, aura ine ´ luctablement des implications dans la constitution de la subjectivite ´(. . .) ». Guerra (2019, p. 150). Ce commentaire s’inscrivant dans le cadre du de ´ bat Sujet digital propose ´ par la revue In Analysis (nume ´ ro 2/2019) a un double objectif : premie ` rement offrir au lecteur une se ´ rie de repe ` res concernant le contexte juridique relatif aux nouvelles technologies et a ` l’utilisation des donne ´es personnelles ; secondairement, esquisser quelques pistes de re ´ flexion psychanalytiques a ` propos des tensions ge ´ ne ´ re ´es par ce contexte sans pre ´ ce ´ dent au sein de la subjectivite ´. Le monde du « digital » est constitue ´ de deux e ´le ´ ments indissociables : la technologie et les donne ´ es, en particulier les donne ´es a ` caracte `re personnel. En effet, les nouvelles solutions technologiques (objets connecte ´ es, intelligence artificielle, etc.) doivent se nourrir de ces donne ´ es pour se de ´ velopper. L’importance de nos donne ´es est telle qu’elles sont devenues une marchandise, un objet de convoitise que l’on vend, que l’on ache ` te, mais surtout, que l’on essaye de recueillir de manie `re comple ` te- ment gratuite en faisant appel a ` sa source, c’est-a ` -dire, a ` nous tous. Comme le constatent les auteurs du rapport « Les data sont a ` moi » du Think tank Ge ´ne ´ ration Libre : « Le citoyen est devenu le premier fournisseur gratuit de la richesse du XXI e sie ` cle » 1 . Selon le cabinet international de conseil en strate ´ gie Boston Consulting Group, la valeur des donne ´es personnelles en Europe pourrait atteindre 1000 milliards d’euros d’ici 2020, soit 8 % du PIB europe ´en 2 . Dans ce contexte, les strate ´ gies employe ´ es pour obtenir des donne ´ es personnelles directement aupre `s des personnes physiques se sont multiplie ´ es : des formulaires de collecte des donne ´ es fleurissent aussi bien dans le monde physique (jeux-concours dans les magasins, enque ˆtes de satisfaction envoye ´ es par courrier postal, etc.) que dans le monde virtuel. Pour tous les acteurs du marche ´ de la donne ´ e, Internet constitue une source privile ´ gie ´e : par exemple, une fois votre compte sur un re ´ seau social cre ´e ´ (ce qui ne prend habituellement pas plus que quelques minutes), plus besoin de vous contraindre a ` remplir des cases d’informations supple ´ mentaires, toute votre activite ´ est trace ´e de manie ` re automatique, vos pre ´ fe ´ rences, vos choix, vos photos peuvent dore ´ navant faire partie d’un vaste marche ´. Il en est de me ˆme pour la navigation sur les sites web : gra ˆce aux fichiers installe ´s sur l’ordinateur les cookies »), les pages visite ´ es et le temps passe ´, les produits visualise ´ s, le contenu du « panier », les produits achete ´ s, toutes ces informations sont enregistre ´ es et re ´ cupe ´ re ´ es par l’e ´ diteur du site ainsi que, la plupart du temps, ses tre `s nombreux « partenaires ». Nous partageons d’autant plus volontairement nos donne ´es que ce partage est souvent une condition sine qua non pour pouvoir be ´ne ´ ficier sur Internet des services gratuits, rapides, simples et adapte ´s a ` nos besoins. Pour pouvoir mieux mesurer l’e ´ tendue du phe ´ nome ` ne, il est utile de rappeler ce qu’une « donne ´e a ` caracte ` re personnel » selon la de ´ finition instaure ´e dans la le ´ gislation en vigueur. Il s’agit donc de toute information se rapportant a ` une personne physique (de ´ signe ´e par la loi comme « personne concerne ´e ») et qui permet d’identifier cette personne directement ou indirectement, notamment par re ´ fe ´ rence a ` un identifiant, tel qu’un nom, un nume ´ ro d’identification, des donne ´ es de localisation, un identifiant en ligne ou a ` un ou plusieurs e ´ le ´ ments spe ´ cifiques propres a ` son identite ´ physique, physiologique, ge ´ ne ´ tique, psychique, e ´ conomique, culturelle ou sociale 3 . In Analysis 3 (2019) 158–163 * Auteur correspondant. Adresse e-mail : sylwia_pi@yahoo.fr (S. Pietruczynik). 1 Rapport « Mes data sont a ` moi. Pour une patrimonialite ´ des donne ´es personnelles » de l’association Ge ´ne ´ ration Libre, janvier 2018, p. 44. 2 Boston Consulting Group and Liberty Global, The Value of our digital identity, novembre 2012, https://www.bcg.com/publications/2012/digital-economy-consumer- insight-value-of-our-digital-identity.aspx. 3 Re ` glement (UE) 2016/679 du Parlement europe ´en et du Conseil du 27 avril 2016 relatif a ` la protection des personnes physiques a ` l’e ´ gard du traitement des donne ´es a ` caracte `re personnel et a ` la libre circulation de ces donne ´es (RGPD), et abrogeant la directive 95/46/CE (re ` glement ge ´ne ´ ral sur la protection des donne ´ es) art. 4. Disponible en ligne sur ScienceDirect www.sciencedirect.com https://doi.org/10.1016/j.inan.2019.07.001 2542-3606/ C 2019 Association In Analysis. Publie ´ par Elsevier Masson SAS. Tous droits re ´ serve ´s. © 2019 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. - Document téléchargé le 29/09/2019 par Poenaru Liviu (826753). Il est interdit et illégal de diffuser ce document.