Société Française de Génétique m/s n° 3, vol. 13, mars 97 Théories lamarckienne et darwinienne La théorie néodarwinienne est celle qui rend le mieux compte des méca- nismes connus de l’évolution de l’adaptation des organismes vivants (voir figure 1A). Aujourd’hui admise par la plupart des biologistes, elle suppose qu’au sein d’une popula- tion, il existe un polymorphisme génétique, et que la sélection natu- relle favorise les allèles ayant la plus grande valeur adaptative (ceux qui maximalisent les chances de l’indivi- du d’avoir une descendance). D’après cette théorie, l’évolution est le fruit de deux mécanismes bien dis- tincts mais complémentaires : muta- genèse et sélection naturelle. Cer- tains généticiens moléculaires entreprirent de caractériser les méca- nismes générateurs de mutations, et les généticiens des populations démontrèrent l’efficacité de la sélec- tion naturelle. L’alternative proposée au préalable par Lamarck semblaient n’intéresser que les historiens des sciences, cette alternative pourrait en termes modernes être décrite sché- matiquement comme une mutagenè- se qui serait dirigée par la pression de sélection de façon à ne créer que des mutations utiles (voir figure 1A). La théorie néodarwinienne a été ren- forcée par les découvertes de la bio- logie moléculaire. Les résultats de cette dernière peuvent se résumer à ce qui en est devenu le « dogme cen- tral », qui stipule que l’information va de l’ADN vers les protéines, via l’ARN, sans que le passage des pro- téines à l’ARN soit possible (dogme central [ADN <==> ARN —> protéi- ne] [1]). Néanmoins, en 1988, Cairns et al. remirent en cause ces théories darwi- niennes par des expériences où ils montrèrent que sur milieu sélectif non létal, la bactérie Escherichia coli semble susceptible de « diriger » les mutations adaptatives qui permettent sa croissance [2]. La polémique déclenchée par cette hypothèse « lamarckienne », selon laquelle les bactéries seraient capables de trans- mettre à leur descendance des carac- tères acquis sous la pression de sélec- tion, fut très vive, les deux communautés de généticiens trouvant là un sujet commun d’étude. Immédiatement, les généticiens moléculaires proposèrent des méca- nismes moléculaires (par exemple, une activité de réparation des mésap- pariements de base ralentie pourrait permettre de tester l’intermédiaire mutagène via la transcription du brin erroné [3]) permettant de rendre compte des résultats sans remettre en cause le dogme central. Une hypothèse particulièrement hérétique proposée par J. Cairns était que, à la suite de la production d’une protéine fonctionnelle, l’infor- mation passe aux acides nucléiques (cette hypothèse a été rejetée par J. Cairns dans un travail ultérieur [4]). Les généticiens des populations ont alors montré que ses conclusions étaient hâtives, car il existe d’autres possibilités permettant d’expliquer la cinétique d’apparition des mutations sur les boîtes de Pétri (par exemple, une croissance ralentie des mutants) [5]. Aujourd’hui, même s’il semble que le dogme central ne soit plus en péril, ce débat passionnant n’est pas encore clos. Mutagenèse et adaptation François Taddei Ivan Matic Miroslav Radman I Société Française de Génétique Président A. Nicolas Président d’honneur F. Jacob Vice-présidents R. Berger S. Potier G. Tachdjian H. Thiellement Secrétaire général M. Solignac Trésorier P.-M. Sinet Prière d’adresser toute correspondance au Secrétariat général de la SFG, Mi- chel Solignac, laboratoire de biologie et génétique évolutives, bâtiment 13, Cnrs, 91198 Gif-sur-Yvette Cedex, France. Comité de rédaction A. Bernheim M. Bolotin-Fukuhara M. Fellous J. Génermont M.C. Hors-Cayla B. Michel R. Motta A. Nicolas M. Solignac S. Sommer P. Thuriaux D. de Vienne Secrétaire M.-L. Prunier