Pharmacologie et mode d’action
des neuroleptiques
N. Franck, F. Thibaut
Les neuroleptiques sont des médicaments ayant essentiellement des effets sur le système
dopaminergique. Ce dernier joue un rôle dans la régulation de la vie émotionnelle et le contrôle de la
motivation, dans la modulation de la perception, ainsi que dans l’organisation des comportements
adaptatifs. Ces domaines sont perturbés dans la psychose qui est la première indication de l’utilisation
des neuroleptiques. Le système dopaminergique joue également un rôle dans le contrôle de la motricité et
dans l’inhibition de la sécrétion de prolactine, à l’origine des effets secondaires de certains neuroleptiques.
Les neuroleptiques peuvent exercer des effets non seulement sur les hallucinations, le délire et l’agitation
(effets antipsychotiques ou incisifs et effets sédatifs), mais aussi, et de façon plus modeste, sur les
symptômes négatifs ou déficitaires de la schizophrénie (effets désinhibiteurs et/ou antidéficitaires). Il
existe environ une dizaine de classes pharmacologiques principales de neuroleptiques, selon la structure
biochimique de ces molécules. Si l’on considère les effets cliniques de ces substances, on distingue des
neuroleptiques de première génération, associés à des effets indésirables neurologiques, et des
neuroleptiques de seconde génération, beaucoup mieux tolérés sur le plan neurologique.
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Mots clés : Neuroleptiques classiques ; Neuroleptiques atypiques ; Antipsychotiques ; Psychose ;
Schizophrénie ; Système dopaminergique ; Métabolisme des neuroleptiques ; Classification des
neuroleptiques
Plan
¶ Introduction 1
¶ Classification des neuroleptiques 2
Classification selon les effets cliniques 2
Classification selon la structure chimique 4
¶ Modes d’action 5
Rappel de l’hypothèse dopaminergique de la schizophrénie 5
Rappel sur les voies dopaminergiques 6
Effets biochimiques des neuroleptiques 6
Étude du taux d’occupation des récepteurs 8
¶ Pharmacocinétique 9
Pic plasmatique et biodisponibilité 9
Demi-vie 10
Métabolisme 11
Liaison aux protéines plasmatiques 11
Détermination des taux plasmatiques des neuroleptiques 11
Équivalence de doses forme orale/forme à action prolongée 11
¶ Conclusion 11
■ Introduction
Jusqu’au milieu du XX
e
siècle, l’agitation des malades men-
taux était prise en charge par la contention physique, les
sédatifs classiques ou les hypnotiques (bromure, chloral,
barbituriques). Toutefois, ces procédés étaient inefficaces sur les
symptômes psychotiques eux-mêmes. Certaines méthodes de
chocs (coma insulinique, électrochocs) ont également été
utilisées, mais de manière non spécifique. Les antihistaminiques
phénothiaziniques furent essayés précocement, mais sans réel
succès thérapeutique.
Dès 1952, Laborit et al.
[1]
ont utilisé la chlorpromazine (une
phénothiazine sans propriétés antihistaminiques) en anesthésie
et dans l’hibernation artificielle, sous la forme de cocktails
lytiques (associant chlorpromazine, prométhazine et péthidine).
Ils avaient remarqué que ce médicament (utilisé seul ou en
association) produisait un effet psychique de désintéressement
et ils en avaient conclu qu’il pourrait être appelé à des applica-
tions psychiatriques. Hamon, Paraire et Velluz ont tenté dès
1952, au Val de Grâce, de traiter un cas de manie par la
chlorpromazine associée à du pentothal et de la péthidine et
suivie de séances d’électrochocs, avec une efficacité modeste.
[2]
Peu après, dans une série de communications effectuées de mai
à juillet 1952, Delay et Deniker
[3]
ont posé les principes de la
cure neuroleptique et ont précisé les indications de la chlorpro-
mazine utilisée seule dans les principaux types de psychoses
aiguës ou en phase processuelle aiguë, en insistant sur la valeur
de ce nouveau traitement chez les malades mentaux. Dès 1954,
l’efficacité de ces traitements dans les psychoses chroniques fut
confirmée et leurs effets secondaires décrits. Dès les premières
observations relatives à la chlorpromazine, on avait remarqué
que la réduction des phénomènes aigus et de l’agitation
s’accompagnait d’une amélioration du contact avec les malades.
Mais il faudra attendre l’expérience des traitements prolongés et
surtout, la découverte de substances douées d’une action
désinhibitrice plus importante, pour préciser les indications
des neuroleptiques sur l’apragmatisme et l’autisme des schi-
zophrènes.
[2]
Le terme neuroleptique a été proposé en 1955 ; il
¶ 37-860-B-10
1 Psychiatrie