De l’approche de la guerre par analogie aux lois de l’honneur chez Hobbes Thomas Berns Hobbes est considéré comme le penseur qui ouvre sur la modernité politique et qui serait à ce titre à la source d’une pensée réaliste fondamentalement étrangère à l’idée de guerre juste. Il est aussi considéré comme le penseur par excellence du confit, celui qui réféchit la politique à partir d’une donnée confictuelle (la guerre de tous contre tous à l’état de nature) et en même temps, si on suit par exemple Michel Foucault 1 , comme le penseur par excellence de la neutralisation du confit, le penseur par lequel la politique, référée à la souveraineté, parvient à être légitimée par-delà toute forme de conquête (tout en généralisant le confit, mais à un niveau latent). En ce sens, Hobbes resterait un pur philosophe, habité par le même refus ou la même incapacité de penser la guerre réelle que ceux-là mêmes avec lesquels il prétend rompre, dans la mesure où chez lui comme chez eux la donnée confictuelle – interne à la cité ou plus encore, externe –, n’est pensée que du point de vue de ce qui s’en extirpe. Du point de vue du sort philosophique réservé à la guerre, il n’y aurait donc que peu de diférence entre la belle unité de la cité grecque pensée au plus loin de la stasis 2 , mais aussi comme se réféchissant de manière purement autochtone et sans référence à l’existence d’une réalité confictuelle externe 3 , et le Léviathan, dont la 1 M. Foucault, « Il faut défendre la société », Paris, Seuil/Gallimard, 1977. 2 N. Loraux, La cité divisée, Lausanne, Payot, 1997. 3 Comme en témoigne par excellence le premier livre des Lois de Platon qui dilue véritablement la question de la guerre jusqu’à la rendre non pertinente politiquement, que ce soit en la généralisant (« tous les hommes d’une cité ont, leur vie durant, une guerre continuelle à soutenir contre toutes les autres cités », 625e, ou encore « lorsque la plupart des gens parlent de paix, ce n’est là qu’un mot ; en réalité, de par la nature, chaque cité ne cesse d’être engagée contre toutes les autres dans une guerre sans déclaration. Et tu ne manqueras pas de découvrir, si tu les examines dans cet esprit, que le législateur crétois avait le regard fxé sur la guerre